Les Témoins de Jéhovah traduisent Jean 1.1 :
« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était un dieu. »
Cette traduction se trouve dans leur version de la Bible, la Traduction du monde nouveau.
Leur argument grammatical
Ils soutiennent que :
- θεός (theos) est ici sans article.
- En grec, un nom sans article peut parfois être indéfini.
-
Ils en concluent que l'on peut traduire :
« un dieu ».
Ils ajoutent que puisque Jean distingue le Logos de « Dieu » (le Père) dans la proposition précédente, le Logos ne peut pas être le Dieu Tout-Puissant.
Pourquoi la plupart des spécialistes ne sont pas convaincus
Le problème est que, dans le grec du Nouveau Testament, l'absence d'article ne signifie pas automatiquement « un ».
Le grec n'a d'ailleurs pas d'article indéfini correspondant à notre « un » français.
Ainsi :
- un nom sans article peut être défini ;
- il peut être indéfini ;
- il peut être qualitatif.
C'est le contexte qui décide.
Or, dans Jean 1.1, beaucoup de grammairiens estiment que θεός est surtout qualitatif : Jean décrit la nature du Logos.
Une difficulté contextuelle
Quelques versets plus loin, Jean écrit :
« Tout a été fait par elle [la Parole]. » (Jean 1.3)
Si tout a été créé par le Logos, beaucoup de théologiens concluent que le Logos ne peut pas appartenir à la catégorie des êtres créés.
De même, dans Jean 1.18, certains manuscrits très anciens parlent du :
« Dieu unique » (monogenēs theos),
à propos du Fils.
Ce que disent de nombreux grammairiens
Des spécialistes du grec, trinitaires ou non, ont souvent estimé que « un dieu » n'est pas la meilleure traduction grammaticale.
Par exemple, Daniel B. Wallace considère que le sens est principalement qualitatif :
le Logos possède la nature de Dieu.
De même, F. F. Bruce ou Murray J. Harris défendent une compréhension proche de la traduction traditionnelle.
Le fond du débat
Au fond, la question n'est pas seulement grammaticale.
Les Témoins de Jéhovah croient que Jésus est un être céleste suprême créé par Dieu, mais qu'il n'est pas Dieu au même sens que le Père.
Les Églises catholique, orthodoxe et la grande majorité des Églises protestantes croient au contraire que le Fils partage pleinement la nature divine du Père tout en étant distinct du Père.
Ces convictions théologiques influencent naturellement la manière dont Jean 1.1 est compris et traduit.
Un point intéressant
Même si l'on traduisait :
« la Parole était divine »
au lieu de :
« la Parole était Dieu »,
on serait encore très loin de l'idée d'une simple créature. La question centrale est donc moins le choix entre « Dieu » et « divin » que celle de la nature du Logos.
C'est pourquoi beaucoup de spécialistes considèrent que Jean a volontairement formulé son grec de façon à dire :
« Le Logos n'est pas le Père, mais il possède pleinement ce qui fait que Dieu est Dieu. »
C'est précisément cette nuance subtile que la traduction française classique « la Parole était Dieu » cherche à rendre.
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