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lundi 10 août 2026

Dialectique liturgique catholique et évangélique à partir d'une citation d'Alain NISUS dans un de ses cours sur le catholicisme à la FLTE

citation d'un extrait de cours sur le catholicisme d'Alain NISUS à la FLTE : 
"[...] la messe contient une liturgie de la Parole avec trois textes bien choisis avec une cohérence. Il n’y a pas grand chose à redire de cette liturgie qui est excellente. Alors que nous, évangéliques, on chante mais notre louange n’est pas nourrie de l’Ecriture."

Oui, cet extrait d’Alain Nisus est très intéressant, notamment parce qu’il formule une appréciation positive assez nette de la liturgie catholique de la Parole, tout en adressant une critique aux pratiques évangéliques.

1. « La messe contient une liturgie de la Parole avec trois textes bien choisis avec une cohérence »

Nisus semble ici faire référence à la structure de la liturgie de la Parole de la messe, avec notamment :

  • une première lecture, généralement tirée de l’Ancien Testament ;
  • un psaume ;
  • une deuxième lecture, habituellement tirée du Nouveau Testament ;
  • puis l’Évangile.

Il souligne surtout la cohérence de l'ensemble. Ce n'est donc pas simplement une succession de textes bibliques : le choix liturgique cherche à faire dialoguer les lectures autour d'un thème ou d'une progression.

C'est une caractéristique importante du catholicisme liturgique : la Bible n'est pas seulement lue dans la messe, elle structure la messe.

2. « Il n’y a pas grand chose à redire de cette liturgie qui est excellente »

La formule est assez forte venant d'un théologien évangélique.

Il ne dit pas simplement : « c'est acceptable » ou « les catholiques lisent beaucoup la Bible ». Il qualifie cette liturgie d'excellente.

Cela rejoint d'ailleurs une intuition que tu exprimes souvent : la liturgie peut être un formidable moyen de faire vivre la Parole de Dieu. Une liturgie bien construite peut empêcher que la prédication ou le culte dépende exclusivement de l'inspiration momentanée du prédicateur ou du responsable.

3. La critique des évangéliques est probablement le point le plus intéressant

« Alors que nous, évangéliques, on chante mais notre louange n’est pas nourrie de l’Écriture. »

Nisus établit ici un contraste assez incisif :

messe catholique :

Écriture → lectures structurées → liturgie → prière → chants

certaines pratiques évangéliques :

chants → émotion/louange → mais relativement peu de paroles bibliques.

Il ne critique évidemment pas le fait de chanter — le chant est profondément biblique — mais une louange qui pourrait devenir insuffisamment nourrie par l'Écriture.

Et il y a une idée théologique importante derrière cette remarque : la louange chrétienne ne devrait pas être seulement une expression de nos sentiments envers Dieu ; elle devrait être une réponse à ce que Dieu nous dit.

Autrement dit :

Dieu parle → l'Église écoute → l'Église répond.

C'est précisément la dynamique biblique du culte.

4. Le paradoxe est assez beau

On pourrait presque résumer l'observation de Nisus ainsi :

Les évangéliques ont historiquement beaucoup insisté sur la Bible, mais certaines de leurs liturgies peuvent être moins bibliques dans leur forme que la liturgie catholique.

C'est un paradoxe particulièrement intéressant pour un évangélique.

La sola Scriptura ne signifie pas seulement que la Bible est l'autorité suprême ; elle peut aussi conduire à souhaiter que la Bible imprègne concrètement la prière, les chants, les lectures et toute la vie communautaire.

Et c'est là que ton rapprochement avec ta réflexion récente sur « la connaissance enfle, mais l'Esprit vivifie » devient pertinent : il ne suffit pas d'avoir beaucoup de connaissance biblique. Il faut que la Parole devienne prière, louange, repentance, action de grâce et vie.

5. Il y a donc une complémentarité intéressante

Je crois qu'on pourrait tirer de cette remarque de Nisus une belle synthèse :

Le catholicisme peut apprendre aux évangéliques la richesse d'une liturgie structurée par l'Écriture ; les évangéliques peuvent rappeler aux catholiques l'importance de l'appropriation personnelle et communautaire de cette même Écriture.

Et surtout, il ne faudrait pas opposer liturgie et spontanéité comme si l'une excluait nécessairement l'autre.

Le véritable enjeu est plutôt :

Est-ce que notre culte est nourri par la Parole de Dieu ?

On peut avoir une liturgie très formelle et très peu biblique dans son esprit ; inversement, on peut avoir un culte très spontané où les prières, les chants et les exhortations sont profondément imprégnés de l'Écriture.

La remarque d'Alain Nisus est donc moins une défense globale du catholicisme qu'une autocritique évangélique extrêmement intéressante : nous qui nous revendiquons du sola Scriptura, faisons-nous réellement de l'Écriture la nourriture de notre louange ?

L'archidiocèse de Lyon et son archevêque saint cyrien Olivier de Germay en poste depuis le 20 décembre 2020

Mgr Olivier de Germay, nouvel archevêque de Lyon : vidéo de 8 minutes :


La vie chrétienne et de foi au Christ : entre prière et étude de Dieu, entre connaissance et relation vivante avec Dieu

la connaissance enfle, l'Esprit vivifie

Oui — tu rapproches ici deux affirmations bibliques très fortes, qui permettent de distinguer la connaissance intellectuelle de la vie spirituelle.

« La connaissance enfle »

Paul écrit :

« La connaissance enfle, mais l’amour édifie. »
1 Corinthiens 8,1

Le verbe « enfler » évoque quelque chose qui gonfle. La connaissance, même exacte, peut donc devenir dangereuse lorsqu'elle nourrit l'orgueil : je sais, donc je vaux mieux que celui qui ne sait pas.

Cela ne signifie absolument pas que Paul méprise la connaissance. Lui-même est un immense théologien et raisonne constamment à partir des Écritures. Le problème est la connaissance détachée de l'amour et de la transformation intérieure.

On pourrait dire :

La connaissance peut remplir la tête sans remplir le cœur.

« L'Esprit vivifie »

Paul dit également :

« La lettre tue, mais l'Esprit vivifie. »
2 Corinthiens 3,6

Ici encore, il ne faut pas comprendre que l'Écriture serait mauvaise ou inutile. Paul oppose plutôt une compréhension purement extérieure de la Loi à l'œuvre intérieure de l'Esprit de Dieu.

L'Esprit ne nous donne pas simplement davantage d'informations sur Dieu : il nous fait vivre de Dieu.

Les deux ensemble

Cela rejoint très bien une distinction importante dans l'étude théologique :

Connaître Dieu n'est pas seulement accumuler des connaissances sur Dieu.

On peut connaître :

  • le grec du Nouveau Testament ;
  • l'hébreu biblique ;
  • l'histoire de l'Église ;
  • les différentes doctrines ;
  • les positions de Calvin, Luther, Augustin, Blocher, etc. ;
  • les subtilités de l'exégèse ;

et pourtant manquer l'amour, l'humilité, la repentance et la communion avec Dieu.

Inversement, l'action de l'Esprit ne dispense pas de réfléchir et d'étudier. L'Esprit vivifie aussi notre intelligence. La théologie peut donc être une véritable nourriture spirituelle lorsqu'elle conduit à l'adoration plutôt qu'à la vanité intellectuelle.

J'aime beaucoup cette formulation :

La connaissance sans l'Esprit peut enfler ; la connaissance saisie et transformée par l'Esprit peut édifier.

Et cela rejoint merveilleusement 1 Corinthiens 13,2 :

« Quand j'aurais la prophétie, que je connaîtrais tous les mystères et que j'aurais toute la connaissance [...], si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien. »

Il y a donc une sorte de triangle chrétien : vérité, Esprit, amour. La vérité sans amour peut devenir orgueil ; l'expérience spirituelle sans vérité peut devenir illusion ; mais la vérité reçue dans l'Esprit et vécue dans l'amour produit l'édification.

une vie de prière renouvelée au quotidien est peut être le secret de la croissance spirituelle

Oui, je pense que tu mets le doigt sur quelque chose de très biblique. Une vie de prière renouvelée quotidiennement peut effectivement être l'un des grands secrets de la croissance spirituelle — à condition de ne pas comprendre la prière comme une performance religieuse.

La croissance chrétienne n'est pas seulement une accumulation de connaissances. Elle est aussi une relation vivante avec Dieu, qui se renouvelle dans le temps.

« Demeurez en moi »

Jésus dit :

« Demeurez en moi, et moi, je demeurerai en vous. »
— Jean 15,4

C'est probablement l'une des meilleures images de la croissance spirituelle. Le sarment ne produit pas du fruit en faisant des efforts isolés : il demeure attaché au cep.

La prière quotidienne peut précisément être cette manière de « demeurer ».

Et le mot quotidiennement est important. Il ne s'agit pas nécessairement d'avoir chaque jour une prière extraordinaire. Certains jours, la prière sera joyeuse et abondante ; d'autres jours, elle sera pauvre, distraite, difficile. Mais on revient vers Dieu.

La prière elle-même peut se renouveler

Tu emploies très justement le mot « renouvelée ».

Une vie de prière vivante peut passer par différentes formes :

  • remercier Dieu ;
  • lui parler de ses joies ;
  • lui confier ses inquiétudes ;
  • reconnaître ses péchés ;
  • demander pardon ;
  • intercéder pour les autres ;
  • méditer un psaume ;
  • rester simplement en silence devant lui ;
  • exprimer sa colère ou sa tristesse ;
  • demander de l'aide ;
  • louer Dieu ;
  • lui poser ses questions et même ses doutes.

La prière n'a donc pas besoin d'être artificiellement joyeuse. On peut venir à Dieu avec ce que l'on est réellement.

Les Psaumes sont extraordinaires à cet égard : on y trouve la joie, mais aussi la peur, la colère, l'angoisse, la tristesse, le sentiment d'abandon, puis parfois le retour à la confiance.

Et cela rejoint ta réflexion précédente

Tu disais : « la connaissance enfle, l'Esprit vivifie ».

On pourrait alors établir un petit chemin :

connaître → prier → rencontrer → être transformé → aimer → porter du fruit.

La connaissance biblique nourrit la prière, et la prière permet à cette connaissance de descendre de la tête dans l'existence.

C'est peut-être là que se trouve une différence entre étudier Dieu et vivre avec Dieu.

Et Paul résume admirablement cette dynamique :

« Soyez constamment dans la joie. Priez sans cesse. Rendez grâce en toutes choses. »
— 1 Thessaloniciens 5,16-18

« Priez sans cesse » ne signifie évidemment pas être à genoux vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Cela peut signifier développer progressivement une disposition intérieure tournée vers Dieu, de sorte que la prière devienne comme une respiration de la vie chrétienne.

Ainsi, la croissance spirituelle n'est peut-être pas tant devenir chaque jour un chrétien extraordinaire que revenir chaque jour vers Dieu.

Et il y a quelque chose de très libérateur là-dedans : même une prière pauvre peut être une véritable prière. Dieu ne nous demande pas de produire artificiellement une intensité spirituelle ; nous pouvons simplement revenir à lui, encore et encore.

si tu es théologien tu pries et si tu pries alors tu seras vraiment théologien

Oui. Et ta formule exprime une intuition théologique très profonde : la vraie théologie ne devrait pas seulement être un discours sur Dieu, mais une connaissance de Dieu qui conduit à Dieu.

On pourrait presque en faire une maxime :

« Si tu es théologien, prie ; et si tu pries véritablement, tu deviendras théologien. »

Cela rejoint une très ancienne conception chrétienne de la théologie. Chez les Pères de l'Église, le theologos n'est pas simplement celui qui possède beaucoup de connaissances doctrinales : c'est celui dont la connaissance de Dieu est inséparable de la conversion, de la prière et de la sainteté.

Il y a même une belle progression :

étudier Dieu → parler de Dieu → parler à Dieu → vivre devant Dieu → être transformé par Dieu.

Le danger inverse existe également : on peut devenir très savant en théologie tout en ayant une vie spirituelle desséchée. On connaît alors admirablement les doctrines concernant Dieu, mais la connaissance ne devient pas nécessairement communion avec Dieu.

C'est exactement pourquoi Paul peut écrire :

« Quand je connaîtrais tous les mystères et toute la connaissance [...] si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien. »
— 1 Corinthiens 13,2

Et cela donne une belle complémentarité à ce que tu disais précédemment :

« La connaissance enfle, mais l'Esprit vivifie. »

La connaissance théologique est précieuse, mais elle doit être vivifiée par la prière et l'Esprit. Alors le théologien ne se contente plus de parler sur Dieu : il parle avec Dieu, et sa théologie peut devenir prière.

On pourrait même retourner la formule :

Le mauvais théologien parle de Dieu sans parler à Dieu.
Le vrai théologien parle de Dieu parce qu'il apprend à parler avec Dieu.

Et surtout, cela ne signifie pas que seuls les universitaires ou les diplômés en théologie peuvent être de « vrais théologiens ». Toute personne qui cherche à connaître Dieu, à comprendre sa Parole et à vivre cette connaissance dans la prière fait déjà œuvre théologique, même si elle n'emploie jamais le vocabulaire académique.

La théologie commence peut-être avec une question intellectuelle : « Qui est Dieu ? »

Mais elle atteint sa maturité lorsque cette question devient une prière :

« Seigneur, fais-moi connaître qui tu es, et transforme-moi par cette connaissance. »

Pour aller plus loin sur la vie de l'Esprit et de prière :

https://theologie-chretienne-oecumenique.blogspot.com/p/une-excellente-technique-de-priere-par.html

La mise par écrit et les datations des récits de la Sainte Cène par ChatGPT

le récit de la sainte cène et son apparition chronologique dans le NT : les évangiles rapportent elles la cène après un corinthiens?

Oui — si l’on parle de l’ordre de rédaction des livres du Nouveau Testament, Paul rapporte l’institution de la Cène dans 1 Corinthiens avant que les Évangiles synoptiques ne soient rédigés.

Il faut donc distinguer l'ordre chronologique des événements et l'ordre chronologique de rédaction des textes.

1. La Cène dans les Évangiles

Les trois Synoptiques racontent l'institution de la Cène :

  • Matthieu 26,26-29
  • Marc 14,22-25
  • Luc 22,14-20

Jean, lui, ne rapporte pas les paroles d'institution du pain et de la coupe de la même manière. Il raconte le dernier repas et le lavement des pieds (Jean 13), puis développe notamment le discours d'adieu.

2. Paul en parle avant les Évangiles

Dans 1 Corinthiens 11,23-26, Paul écrit :

« Car j'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné... »

puis il rapporte les paroles sur le pain et la coupe.

Or 1 Corinthiens est généralement datée vers 53-55 apr. J.-C. C'est donc probablement le plus ancien texte chrétien conservé qui nous rapporte explicitement les paroles de l'institution de la Cène.

Les Évangiles de Matthieu, Marc et Luc sont généralement placés plus tard :

TexteDatation approximative
1 Corinthiens53-55
Marcvers 65-70
Matthieuvers 70-90
Lucvers 70-90
Jeanvers 90-100

Les dates sont évidemment discutées selon les chercheurs.

3. Mais Paul ne raconte pas l'événement pour la première fois

C'est là que cela devient particulièrement intéressant.

Paul écrit aux Corinthiens vers 53-55, mais il dit :

« Je vous ai transmis, avant tout, ce que j'avais moi-même reçu »
(1 Co 15,3)

Et en 1 Corinthiens 11,23 :

« J'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné... »

Cela signifie que la tradition concernant la Cène est antérieure à la rédaction de 1 Corinthiens.

Paul n'est donc probablement pas en train d'inventer ou de créer le récit : il transmet une tradition déjà reçue.

Et il y a un élément chronologique très important : Paul a rencontré les premiers responsables chrétiens assez tôt après sa conversion. Il est donc possible que la tradition eucharistique qu'il transmet remonte aux toutes premières années du christianisme.

4. Un point particulièrement frappant

Le récit de Paul en 1 Corinthiens 11,23-25 est très proche de Luc 22,19-20 :

Paul :

« Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. »

Luc :

« Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. »

Puis :

Paul :

« Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci, toutes les fois que vous en boirez, en mémoire de moi. »

Luc :

« Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous. »

Il existe donc une tradition commune extrêmement ancienne derrière ces textes.

5. Et cela pose une question passionnante

Si tu demandes :

« Est-ce que les Évangiles ont raconté la Cène après que Paul en eut parlé dans 1 Corinthiens ? »

La réponse est très probablement oui du point de vue de la rédaction, mais il faut éviter de dire que les Évangélistes ont nécessairement lu 1 Corinthiens et copié Paul.

Il est tout à fait possible que Paul et les Évangélistes aient puisé dans une tradition liturgique et apostolique commune, déjà bien établie dans les premières communautés chrétiennes.

D'ailleurs, 1 Corinthiens 11,23-26 est extraordinairement important pour l'histoire de l'eucharistie, parce que nous avons là un témoignage très ancien, antérieur aux Évangiles écrits, mais qui présuppose déjà une pratique chrétienne de la Cène.

Et cela rejoint très bien ta question précédente sur la transmission de la foi chrétienne : le NT ne commence pas par les Évangiles écrits. Il existe d'abord une période de prédication apostolique et de traditions transmises oralement, dont certaines seront ensuite mises par écrit.

La vie intérieure, les émotions et le chrétien par ChatGPT prompté par Zénas

il faut être sincère avec Dieu et ne pas se voiler la face face à nos émotions qui sont une palette nombreuse : il y a la place pour la joie mais aussi la tristesse, l'inquiétude, le doute, l'angoisse, la peur etc certains évangéliques croient qu'il faut toujours être heureux et joyeux comme en philippiens 4.4 mais il y a aussi place pour la colère face à l'injustice par exemple, qu'en penses-tu?

Oui, je suis largement d’accord avec ton intuition. La foi chrétienne n’exige pas de devenir émotionnellement artificiel devant Dieu. La Bible nous invite plutôt à être vrais devant lui, avec toute la palette de notre vie intérieure.

1. « Réjouissez-vous toujours » ne signifie pas « ressentez toujours de la joie »

Paul écrit :

« Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous. »
— Philippiens 4,4

Ce verset est magnifique, mais il ne faut pas le transformer en injonction à ressentir constamment une émotion de joie.

Paul parle de la joie « dans le Seigneur » : il s'agit fondamentalement d'une orientation de confiance et d'espérance envers Dieu. On peut donc être profondément triste tout en demeurant, au fond, attaché à Dieu.

C'est particulièrement important parce que Paul lui-même connaît l'affliction, les larmes, l'inquiétude, la souffrance et les combats intérieurs.

2. La Bible ne nous présente absolument pas des croyants constamment euphoriques

Les Psaumes sont probablement l'un des meilleurs antidotes à une conception superficielle de la « joie chrétienne ».

On y trouve :

  • la joie ;
  • la reconnaissance ;
  • la tristesse ;
  • la solitude ;
  • la peur ;
  • l'angoisse ;
  • le sentiment d'abandon ;
  • la colère ;
  • le doute ;
  • le découragement ;
  • mais aussi l'espérance et la confiance.

Le psalmiste peut dire :

« Pourquoi t'abats-tu, mon âme, et gémis-tu au dedans de moi ? »
— Psaume 42

Et ailleurs :

« Jusqu'à quand, Éternel, m'oublieras-tu sans cesse ? »
— Psaume 13

Ce ne sont pas des paroles d'un homme qui aurait réussi à supprimer ses émotions négatives grâce à une spiritualité parfaite.

Il parle à Dieu précisément depuis son trouble.

3. Même Jésus n'a pas vécu dans une joie émotionnelle permanente

C'est encore plus frappant dans le Nouveau Testament.

À Gethsémani, Jésus dit :

« Mon âme est triste jusqu'à la mort. »

Et il prie dans l'angoisse.

Jean 11,35 nous donne même ce verset extrêmement court :

« Jésus pleura. »

Jésus éprouve également la colère. Devant l'endurcissement des hommes, Marc nous dit qu'il les regarde « avec colère », tout en étant attristé par leur endurcissement (Marc 3,5).

Cela nous montre quelque chose de fondamental : une émotion douloureuse n'est pas en elle-même un péché.

La question morale vient ensuite : qu'allons-nous faire de cette émotion ?

4. Il faut distinguer émotion et comportement

C'est particulièrement important pour la colère.

La colère peut être légitime.

Paul dit :

« Si vous vous mettez en colère, ne péchez point. »
— Éphésiens 4,26

Remarquons la nuance : il ne dit pas simplement « ne vous mettez jamais en colère ».

Il reconnaît qu'une colère peut apparaître, notamment face au mal ou à l'injustice. Mais elle peut ensuite dégénérer en haine, vengeance, violence, rancune ou mépris.

On pourrait donc distinguer :

émotion → discernement → choix → action.

Une émotion n'est pas encore une décision morale.

On peut ressentir de la colère sans décider de faire du mal.

On peut avoir peur sans être lâche.

On peut être triste sans manquer de foi.

On peut être inquiet sans être infidèle à Dieu.

On peut connaître le doute sans avoir apostasié.

5. La foi n'est donc pas le déni de nos émotions

Je trouve même que se forcer à afficher une joie permanente peut parfois devenir une forme de mensonge spirituel.

Quelqu'un peut être intérieurement bouleversé et pourtant dire :

« Seigneur, je suis inquiet. Je ne comprends pas. J'ai peur. Je suis en colère devant cette injustice. Je suis triste. Mais je viens quand même vers toi. »

Cette prière me paraît infiniment plus authentique que :

« Tout va très bien, je suis toujours joyeux ! »

alors que la personne est intérieurement effondrée.

La Bible nous apprend plutôt à transformer nos émotions en paroles adressées à Dieu.

C'est précisément ce que font les lamentations bibliques.

6. Et il y a quelque chose de très beau : toutes nos émotions peuvent devenir matière à prière

On pourrait presque faire une petite « théologie des émotions » :

ÉmotionElle peut devenir devant Dieu…
Joielouange et action de grâce
Tristesselamentation et recherche de consolation
Peurconfiance et demande de protection
Inquiétudeabandon à la providence
Angoissecri vers Dieu
Colèredemande de justice et renoncement à la vengeance
Douterecherche et demande de lumière
Découragementdemande de renouvellement
Espéranceattente confiante

Cela me paraît beaucoup plus biblique qu'une spiritualité dans laquelle certaines émotions seraient « chrétiennes » et d'autres « non chrétiennes ».

7. La vraie joie chrétienne est plus profonde que l'humeur

Et c'est là que Philippiens 4,4 retrouve toute sa richesse.

La joie chrétienne n'est pas nécessairement l'allégresse psychologique.

On peut pleurer et avoir une espérance.

On peut être angoissé et continuer à prier.

On peut être profondément triste et néanmoins savoir que Dieu est présent.

On peut même être en colère contre une injustice et continuer à aimer Dieu.

C'est une joie beaucoup plus profonde : elle ne consiste pas à nier les ténèbres, mais à croire que les ténèbres n'auront pas le dernier mot.

Je résumerais donc ta pensée ainsi :

Le chrétien n'est pas appelé à être constamment heureux ; il est appelé à être vrai devant Dieu.

Et cette vérité peut passer par les larmes aussi bien que par les chants de joie.

Le modèle biblique n'est donc pas : « Je dois toujours me sentir bien parce que je suis chrétien. »

C'est plutôt : « Quelle que soit mon émotion aujourd'hui, je peux l'apporter à Dieu et apprendre à la vivre devant lui. »

C'est, à mon sens, une spiritualité beaucoup plus réaliste, beaucoup plus humaine et surtout beaucoup plus biblique.

Dialectique liturgique catholique et évangélique à partir d'une citation d'Alain NISUS dans un de ses cours sur le catholicisme à la FLTE

citation d'un extrait de cours sur le catholicisme d'Alain NISUS à la FLTE :  "[...] la messe contient une liturgie de la Parol...