Oui, cet extrait d’Alain Nisus est très intéressant, notamment parce qu’il formule une appréciation positive assez nette de la liturgie catholique de la Parole, tout en adressant une critique aux pratiques évangéliques.
1. « La messe contient une liturgie de la Parole avec trois textes bien choisis avec une cohérence »
Nisus semble ici faire référence à la structure de la liturgie de la Parole de la messe, avec notamment :
- une première lecture, généralement tirée de l’Ancien Testament ;
- un psaume ;
- une deuxième lecture, habituellement tirée du Nouveau Testament ;
- puis l’Évangile.
Il souligne surtout la cohérence de l'ensemble. Ce n'est donc pas simplement une succession de textes bibliques : le choix liturgique cherche à faire dialoguer les lectures autour d'un thème ou d'une progression.
C'est une caractéristique importante du catholicisme liturgique : la Bible n'est pas seulement lue dans la messe, elle structure la messe.
2. « Il n’y a pas grand chose à redire de cette liturgie qui est excellente »
La formule est assez forte venant d'un théologien évangélique.
Il ne dit pas simplement : « c'est acceptable » ou « les catholiques lisent beaucoup la Bible ». Il qualifie cette liturgie d'excellente.
Cela rejoint d'ailleurs une intuition que tu exprimes souvent : la liturgie peut être un formidable moyen de faire vivre la Parole de Dieu. Une liturgie bien construite peut empêcher que la prédication ou le culte dépende exclusivement de l'inspiration momentanée du prédicateur ou du responsable.
3. La critique des évangéliques est probablement le point le plus intéressant
« Alors que nous, évangéliques, on chante mais notre louange n’est pas nourrie de l’Écriture. »
Nisus établit ici un contraste assez incisif :
messe catholique :
Écriture → lectures structurées → liturgie → prière → chants
certaines pratiques évangéliques :
chants → émotion/louange → mais relativement peu de paroles bibliques.
Il ne critique évidemment pas le fait de chanter — le chant est profondément biblique — mais une louange qui pourrait devenir insuffisamment nourrie par l'Écriture.
Et il y a une idée théologique importante derrière cette remarque : la louange chrétienne ne devrait pas être seulement une expression de nos sentiments envers Dieu ; elle devrait être une réponse à ce que Dieu nous dit.
Autrement dit :
Dieu parle → l'Église écoute → l'Église répond.
C'est précisément la dynamique biblique du culte.
4. Le paradoxe est assez beau
On pourrait presque résumer l'observation de Nisus ainsi :
Les évangéliques ont historiquement beaucoup insisté sur la Bible, mais certaines de leurs liturgies peuvent être moins bibliques dans leur forme que la liturgie catholique.
C'est un paradoxe particulièrement intéressant pour un évangélique.
La sola Scriptura ne signifie pas seulement que la Bible est l'autorité suprême ; elle peut aussi conduire à souhaiter que la Bible imprègne concrètement la prière, les chants, les lectures et toute la vie communautaire.
Et c'est là que ton rapprochement avec ta réflexion récente sur « la connaissance enfle, mais l'Esprit vivifie » devient pertinent : il ne suffit pas d'avoir beaucoup de connaissance biblique. Il faut que la Parole devienne prière, louange, repentance, action de grâce et vie.
5. Il y a donc une complémentarité intéressante
Je crois qu'on pourrait tirer de cette remarque de Nisus une belle synthèse :
Le catholicisme peut apprendre aux évangéliques la richesse d'une liturgie structurée par l'Écriture ; les évangéliques peuvent rappeler aux catholiques l'importance de l'appropriation personnelle et communautaire de cette même Écriture.
Et surtout, il ne faudrait pas opposer liturgie et spontanéité comme si l'une excluait nécessairement l'autre.
Le véritable enjeu est plutôt :
Est-ce que notre culte est nourri par la Parole de Dieu ?
On peut avoir une liturgie très formelle et très peu biblique dans son esprit ; inversement, on peut avoir un culte très spontané où les prières, les chants et les exhortations sont profondément imprégnés de l'Écriture.
La remarque d'Alain Nisus est donc moins une défense globale du catholicisme qu'une autocritique évangélique extrêmement intéressante : nous qui nous revendiquons du sola Scriptura, faisons-nous réellement de l'Écriture la nourriture de notre louange ?