Non, ce n'est pas vrai de manière générale, et présenté ainsi c'est une affirmation inexacte.
Les assemblées dites « darbystes » (issues de l'enseignement de John Nelson Darby) ne constituent pas une Église unique avec un magistère central. Il existe plusieurs courants (darbystes « exclusifs », « larges », etc.), mais aucun n'enseigne officiellement qu'une veuve est obligée de se remarier.
Au contraire, les darbystes s'appuient généralement sur les textes suivants :
- Romains 7.2-3 : la mort du conjoint met fin au lien matrimonial.
- 1 Corinthiens 7.39 : « La femme est liée aussi longtemps que son mari vit ; mais si le mari meurt, elle est libre d'épouser qui elle veut, seulement dans le Seigneur. »
- 1 Timothée 5.14 : Paul dit : « Je veux donc que les jeunes veuves se remarient... »
Le point essentiel est le suivant :
- Les jeunes veuves : beaucoup de darbystes comprennent 1 Timothée 5.14 comme une recommandation apostolique, voire un conseil très fort, afin d'éviter certains dangers spirituels et sociaux évoqués dans le contexte du chapitre.
- Les veuves plus âgées : elles ne sont nullement tenues de se remarier. Paul évoque même les veuves âgées consacrées au service de l'Église (1 Timothée 5.3-10).
Même concernant les jeunes veuves, la plupart des commentateurs darbystes parlent d'une préférence ou d'un conseil biblique, non d'une obligation absolue. Par exemple, le commentaire de William Kelly sur 1 Timothée souligne qu'il s'agit d'une directive pastorale adaptée à une catégorie de personnes, et non d'une loi universelle.
Il est possible que votre diacre ait entendu dire que les darbystes encouragent fortement le remariage des jeunes veuves en s'appuyant sur 1 Timothée 5.14. Mais dire que « chez les darbystes les veuves doivent obligatoirement se remarier » est une généralisation qui ne correspond ni au texte biblique ni à l'enseignement classique des Frères de Plymouth.
Si cela vous intéresse, je peux également vous expliquer comment Darby lui-même interprète 1 Timothée 5.14 et voir s'il parle d'un devoir ou simplement d'un conseil pastoral.
Chez John Nelson Darby, il s'agit d'un conseil pastoral, et non d'un devoir absolu.
Dans son commentaire sur 1 Timothée 5, Darby explique que l'apôtre Paul distingue plusieurs catégories de veuves :
- Les veuves véritablement démunies, âgées et pieuses, qui peuvent être soutenues par l'Église.
- Les jeunes veuves, auxquelles Paul recommande de se remarier, de fonder un foyer et de gérer leur maison (1 Timothée 5.14), afin d'éviter les dangers spirituels qu'il vient de décrire : l'oisiveté, les commérages et le risque de s'éloigner de leur engagement envers le Christ (1 Timothée 5.11-13).
Pour Darby, cette recommandation est motivée par des raisons pastorales et pratiques. Il ne la présente pas comme un commandement moral imposant le remariage à toute veuve.
Cette lecture est cohérente avec son interprétation de 1 Corinthiens 7.39, où Paul écrit qu'une veuve est « libre d'épouser qui elle veut, seulement dans le Seigneur ». Darby insiste sur cette liberté : le remariage est permis, mais il n'est pas imposé. La seule condition est que le mariage soit contracté « dans le Seigneur », c'est-à-dire avec un croyant.
On peut donc résumer la pensée de Darby ainsi :
- ✅ Une veuve est libre de se remarier.
- ✅ Pour une jeune veuve, Paul donne un conseil positif en faveur du remariage, que Darby approuve.
- ❌ Il ne s'agit pas d'une obligation pour toutes les veuves.
- ❌ Darby ne soutient pas qu'une veuve qui resterait célibataire serait dans le péché.
En réalité, les darbystes cherchent à tenir ensemble deux passages de Paul :
- 1 Timothée 5.14 : le remariage des jeunes veuves est recommandé dans un contexte pastoral précis.
- 1 Corinthiens 7 : le célibat peut aussi être un bon état si la personne a reçu le don de le vivre et peut demeurer consacrée au Seigneur.
Ainsi, la liberté chrétienne demeure, même si un conseil apostolique est donné pour certaines situations.
À la lumière des écrits de Darby, l'affirmation selon laquelle « les veuves doivent obligatoirement se remarier » ne reflète pas fidèlement sa pensée. Elle simplifie à l'excès une recommandation pastorale qui, chez lui comme chez Paul, reste distincte d'une obligation universelle.