Il n'existe pas une seule définition de Dieu chez les protestants libéraux. Le protestantisme libéral est un courant très divers, né aux XVIIIe et XIXe siècles, qui privilégie la raison, l'expérience religieuse et la lecture historico-critique de la Bible. On peut néanmoins dégager des traits communs.
Une définition générale
Pour beaucoup de protestants libéraux, Dieu est la réalité ultime, le fondement de l'être et de la valeur, qui se révèle dans la conscience humaine, dans l'histoire et dans l'expérience spirituelle, plutôt que comme un être surnaturel intervenant constamment dans le monde.
Autrement dit, Dieu est souvent compris moins comme une personne extérieure au monde que comme la profondeur ultime de la réalité.
Les principales conceptions
Selon les auteurs, Dieu peut être compris comme :
- Le Père personnel, mais interprété de manière moins anthropomorphique que dans le protestantisme évangélique.
- L'Esprit ou la présence divine qui inspire les êtres humains.
- Le fondement de l'être, selon une expression célèbre du théologien Paul Tillich. Tillich refusait de dire que Dieu est "un être" parmi d'autres ; il disait que Dieu est l'Être même (Ground of Being).
- L'amour absolu, la source de toute justice, vérité et beauté.
- Pour certains courants les plus libéraux, Dieu peut être compris davantage comme un symbole exprimant les aspirations humaines les plus profondes qu'un être existant objectivement.
Ce que les protestants libéraux rejettent souvent
Ils remettent fréquemment en question :
- une lecture littérale de la Bible ;
- une conception interventionniste des miracles ;
- un Dieu qui suspendrait régulièrement les lois de la nature ;
- certaines doctrines traditionnelles formulées de manière métaphysique (par exemple certains aspects de la Trinité ou de la satisfaction pénale).
Cela ne signifie pas nécessairement qu'ils rejettent Dieu, mais qu'ils cherchent à reformuler ces doctrines dans un langage compatible avec les connaissances modernes.
Quelques définitions célèbres
Friedrich Schleiermacher :
Dieu est ce dont dépend absolument toute notre existence. La religion naît du « sentiment de dépendance absolue ».
Paul Tillich :
Dieu n'est pas un être parmi d'autres ; il est le fondement de l'être lui-même.
Rudolf Bultmann :
Dieu se rencontre dans l'événement de la Parole qui appelle l'homme à une décision existentielle, plutôt que dans des manifestations surnaturelles.
Comparaison avec le protestantisme évangélique
| Protestantisme évangélique | Protestantisme libéral |
|---|---|
| Dieu est un être personnel, transcendant, créateur et agissant. | Dieu est souvent compris comme la réalité ultime, la profondeur de l'être ou une présence spirituelle. |
| La Bible est la révélation normative de Dieu. | La Bible est un témoignage humain de l'expérience de Dieu, à interpréter de manière critique. |
| Les miracles sont généralement tenus pour historiques. | Les miracles sont souvent interprétés symboliquement ou théologiquement. |
| Dieu intervient dans l'histoire. | L'action de Dieu est souvent comprise comme intérieure, spirituelle ou à travers les processus naturels. |
Une nuance importante
Le protestantisme libéral couvre un large spectre. Certains théologiens demeurent pleinement théistes et confessent un Dieu personnel, tandis que d'autres s'approchent d'un langage plus philosophique ou symbolique. Ainsi, il est plus juste de parler des protestantismes libéraux que du protestantisme libéral.
Si cette question t'intéresse, je peux aussi te montrer comment la définition de Dieu évolue chronologiquement de Friedrich Schleiermacher à Adolf von Harnack, puis à Rudolf Bultmann, Paul Tillich et enfin John Shelby Spong, ce qui montre un déplacement progressif d'un Dieu personnel vers une conception plus existentielle ou symbolique chez certains auteurs.
La réponse est : cela dépend des protestants libéraux, mais la plupart ne rejettent pas formellement la doctrine de la Trinité ; en revanche, ils la réinterprètent souvent.
Les protestants libéraux classiques
Des théologiens comme Friedrich Schleiermacher ou Adolf von Harnack ne nient pas explicitement la Trinité. Cependant, ils estiment qu'elle n'est pas le cœur de la foi chrétienne.
Ils ont tendance à considérer que :
- la doctrine trinitaire est une élaboration de l'Église ancienne ;
- elle utilise le langage philosophique grec (substance, nature, personne) ;
- elle cherche à exprimer l'expérience chrétienne de Dieu, plutôt qu'à décrire son essence de manière exhaustive.
Ainsi, ils peuvent réciter le Symbole de Nicée-Constantinople, tout en lui donnant une interprétation moins métaphysique.
Chez des théologiens plus récents
Avec des auteurs comme Paul Tillich ou Rudolf Bultmann, la question change de perspective.
Ils s'intéressent moins à la formule :
« une nature en trois personnes »
qu'à ce que cette formule signifie pour la vie croyante.
Par exemple :
- le Père peut désigner le fondement ultime de la réalité ;
- le Fils, la révélation de Dieu en Jésus de Nazareth ;
- l'Esprit, la présence agissante de Dieu dans la communauté et dans l'existence humaine.
Ils ne cherchent généralement pas à défendre les catégories métaphysiques de « nature » (ousia) et de « personne » (hypostasis) telles qu'elles ont été définies aux IVᵉ et Vᵉ siècles.
Les protestants libéraux les plus radicaux
Certains auteurs contemporains, comme John Shelby Spong (qui est anglican plutôt que protestant au sens strict), vont beaucoup plus loin.
Pour eux :
- Dieu n'est plus un être personnel au sens classique ;
- la Trinité est un symbole religieux élaboré par les premiers chrétiens ;
- parler de « trois personnes » ne correspond pas à une réalité ontologique.
Dans cette perspective, la formule classique est abandonnée.
En résumé
Si l'on prend la formule traditionnelle :
Dieu est un quant à la nature et trois quant aux personnes.
- Les protestants évangéliques et les protestants luthériens ou réformés confessionnels y adhèrent pleinement.
- Les protestants libéraux classiques la respectent souvent comme une formulation historique importante, mais ne la considèrent pas nécessairement comme une description littérale de l'être de Dieu.
- Les protestants libéraux les plus radicaux peuvent la comprendre uniquement comme un symbole, voire ne plus la reconnaître comme une doctrine normative.
En d'autres termes, le protestantisme libéral tend à déplacer l'accent de la définition ontologique de Dieu (« ce que Dieu est en lui-même ») vers la signification existentielle de la foi (« ce que l'expérience de Dieu produit dans la vie humaine »). C'est pourquoi les expressions « une nature » et « trois personnes » y sont souvent reçues avec plus de réserve que dans les traditions chrétiennes confessionnelles.
André Gounelle est l'un des principaux représentants du protestantisme libéral francophone. Sa position sur la Trinité est nuancée : il ne rejette pas la Trinité, mais il refuse de la considérer comme une description littérale de la nature de Dieu.
Voici les grandes lignes de sa pensée.
1. La Trinité n'est pas une définition de Dieu
Pour Gounelle, la formule :
« un seul Dieu en trois personnes »
n'est pas une définition ontologique de Dieu.
Il considère que les conciles des IVᵉ et Vᵉ siècles ont élaboré un langage philosophique (substance, essence, personne) qui appartenait à leur époque. Ce langage a eu son utilité, mais il ne doit pas être pris comme une description objective de l'être de Dieu.
2. La Trinité exprime l'expérience chrétienne
Selon lui, la doctrine trinitaire cherche à exprimer que les chrétiens rencontrent Dieu de trois manières :
- comme Créateur (le Père) ;
- comme Révélateur en Jésus de Nazareth (le Fils) ;
- comme présence agissante aujourd'hui (l'Esprit).
Ces trois dimensions ne correspondent pas à trois individus divins, mais à trois manières de parler de l'action du Dieu unique.
3. Réserve sur le mot « personne »
Gounelle estime que le terme « personne » prête aujourd'hui à confusion.
En français moderne, une personne est un individu conscient distinct des autres. Or ce n'est pas ce que voulaient dire les théologiens grecs lorsqu'ils parlaient des hypostases.
C'est pourquoi il préfère souvent parler de trois modes de présence, trois manières d'agir ou trois relations de Dieu plutôt que de « trois personnes » au sens courant.
4. Refus du trithéisme
Il insiste néanmoins sur le fait que le christianisme est monothéiste.
La Trinité ne signifie pas trois dieux, mais un seul Dieu dont l'action est multiple.
5. Une doctrine seconde
Pour Gounelle, la Trinité n'est pas le centre de la foi chrétienne.
Le cœur de la foi est plutôt :
- la confiance en Dieu ;
- l'Évangile annoncé par Jésus ;
- la relation vivante avec Dieu.
La doctrine trinitaire est une construction théologique destinée à rendre compte de cette expérience.
Sa position résumée
Si on lui demandait :
« Dieu est-il un quant à la nature et trois quant aux personnes ? »
Il répondrait probablement que :
- cette formule appartient à la tradition chrétienne et possède une valeur historique et théologique ;
- mais elle ne doit pas être comprise comme une description métaphysique de Dieu ;
- elle est une manière symbolique et théologique d'exprimer que le Dieu unique se donne à connaître comme Père, Fils et Esprit.
C'est une différence importante avec des théologiens évangéliques comme Alain Nisus ou Henri Blocher. Ceux-ci soutiennent que la formule « un seul être divin en trois personnes distinctes » décrit réellement l'être de Dieu, même si ce mystère dépasse la compréhension humaine. Gounelle, lui, y voit principalement un langage de la foi, non une définition ontologique de Dieu.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire