La théologie mariale catholique repose sur un ensemble de textes bibliques lus à la lumière de la Tradition de l'Église. Les catholiques ne prétendent généralement pas que tous les dogmes mariaux sont explicitement énoncés dans la Bible ; ils soutiennent plutôt qu'ils y sont contenus en germe et développés progressivement sous la conduite de l'Esprit Saint.
Voici les principaux fondements bibliques.
1. Marie, Mère de Dieu (Theotokos)
C'est le dogme marial le plus ancien (défini au Concile d'Éphèse).
Luc 1.43
« Comment m'est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne vers moi ? »
Élisabeth appelle Marie « la mère de mon Seigneur ».
Les catholiques raisonnent ainsi :
- Jésus est véritablement Dieu.
- Marie est la mère de Jésus.
- Donc Marie est mère de Dieu incarné.
Ils précisent toutefois que Marie n'est pas la source de la divinité du Fils ; elle est mère de la personne du Christ, qui est Dieu.
2. La virginité perpétuelle
Elle s'appuie sur plusieurs passages.
Luc 1.34
« Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? »
Certains Pères de l'Église y ont vu l'indice d'un projet durable de virginité.
Matthieu 1.25
« Il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils. »
Les protestants y voient souvent une relation conjugale après la naissance.
Les catholiques répondent que le mot « jusqu'à » (ἕως) n'implique pas nécessairement un changement après.
Exemple :
« Michal n'eut point d'enfant jusqu'au jour de sa mort » (Deuxième livre de Samuel 6.23)
Cela ne signifie évidemment pas qu'elle en eut après sa mort.
Les « frères de Jésus »
Les Évangiles parlent des frères de Jésus.
Les catholiques répondent que le mot grec adelphoi peut désigner :
- des cousins,
- des proches parents,
- des membres d'une même famille élargie.
Ils soulignent aussi que Jésus confie Marie à Jean (Évangile selon Jean 19.26-27), ce qui serait surprenant si elle avait d'autres fils.
3. Marie, nouvelle Ève
C'est une lecture typologique.
Genèse 3.15
« Je mettrai inimitié entre toi et la femme... »
La tradition catholique voit dans cette femme :
- Ève,
- mais aussi Marie.
Jean 2
Aux noces de Cana, Jésus appelle Marie :
« Femme... »
Jean 19
Au pied de la croix :
« Femme, voici ton fils. »
Les catholiques pensent que Jésus reprend volontairement le thème de la « femme » annoncé dans la Genèse.
4. L'Immaculée Conception
C'est probablement le dogme dont le fondement biblique est le plus discuté.
Le texte principal est :
Luc 1.28
« Je te salue, comblée de grâce. »
Le mot grec :
κεχαριτωμένη (kecharitōmenē)
est un participe parfait passif.
Les catholiques estiment qu'il désigne une grâce permanente et exceptionnelle.
Les protestants répondent généralement que ce texte ne démontre pas une absence totale de péché dès la conception.
5. Marie, Arche de la Nouvelle Alliance
La comparaison est très développée.
L'ancienne Arche contenait :
- les tables de la Loi,
- la manne,
- le bâton d'Aaron.
Marie porte en elle :
- le Christ,
- véritable Pain du ciel,
- Grand Prêtre,
- Parole de Dieu.
Les parallèles entre Deuxième livre de Samuel 6 et Évangile selon Luc 1 sont nombreux :
| Arche | Marie |
|---|---|
| monte en Juda | monte en Juda |
| David danse | Jean-Baptiste tressaille |
| trois mois | trois mois |
| « Comment l'arche vient-elle vers moi ? » | « Comment la mère de mon Seigneur vient-elle vers moi ? » |
Pour les catholiques, ces parallèles sont intentionnels.
6. Marie, mère des croyants
Jean 19.26-27
« Voici ton fils... Voici ta mère. »
Les catholiques y voient davantage qu'une disposition familiale.
Le disciple bien-aimé représente tous les disciples.
Marie devient ainsi mère spirituelle des croyants.
Les protestants comprennent souvent ce passage comme un simple geste de sollicitude envers sa mère.
7. Marie dans l'Apocalypse
Apocalypse 12
La femme revêtue du soleil.
Les catholiques y voient plusieurs niveaux :
- Israël,
- l'Église,
- Marie.
Cette lecture multiple est classique depuis les Pères.
8. L'Assomption
Il n'existe aucun récit explicite de l'Assomption.
Les catholiques s'appuient indirectement sur :
- Apocalypse 11.19–12.1 (Arche puis Femme),
- Psaumes 132.8 (« Lève-toi, Seigneur... avec l'arche de ta force »),
- la cohérence avec l'Immaculée Conception.
Ils reconnaissent que le fondement biblique est ici implicite plutôt qu'explicite.
Les grands principes bibliques de la mariologie catholique
Plus encore que des versets isolés, la théologie mariale repose sur quatre principes d'interprétation :
- La typologie : Marie est comprise comme la nouvelle Ève, la nouvelle Arche de l'Alliance, la Fille de Sion.
- L'unité de l'Écriture : l'Ancien Testament prépare le Nouveau.
- La christologie : tout ce qui est affirmé de Marie est pensé en fonction du Christ, jamais indépendamment de lui.
- La Tradition apostolique : l'Écriture est interprétée dans la continuité de la foi de l'Église.
Comment les protestants évaluent-ils ces arguments ?
La plupart des traditions protestantes acceptent sans difficulté :
- que Marie est la mère de Jésus et, au sens christologique, « Mère de Dieu » ;
- la conception virginale de Jésus ;
- le fait que Marie est un modèle de foi et d'obéissance.
En revanche, elles contestent généralement que la Bible enseigne explicitement :
- la virginité perpétuelle ;
- l'Immaculée Conception ;
- l'Assomption ;
- la médiation ou l'intercession particulière de Marie.
Leur principal argument est que ces doctrines reposent davantage sur des déductions théologiques, des lectures typologiques et la Tradition que sur des affirmations explicites de l'Écriture.
Ainsi, le désaccord porte moins sur les textes eux-mêmes que sur la manière de les interpréter et sur l'autorité accordée à la Tradition dans le développement de la doctrine.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire