La distinction entre grâce générale et grâce spéciale (ou grâce commune et grâce salvatrice) est très importante dans la théologie protestante, en particulier chez les théologiens réformés comme Jean Calvin, Abraham Kuyper ou, plus près de nous, Henri Blocher et Alain Nisus.
La grâce générale (ou grâce commune)
La grâce générale est la bonté de Dieu qu'il accorde à tous les êtres humains, qu'ils soient croyants ou non.
Elle ne sauve pas, mais elle permet au monde de subsister et à l'humanité de vivre.
Elle comprend par exemple :
- le soleil et la pluie pour tous (Matthieu 5.45) ;
- les capacités intellectuelles, artistiques et scientifiques ;
- la conscience morale ;
- les gouvernements qui limitent le mal ;
- l'amour familial, l'amitié, la solidarité ;
- les découvertes médicales et techniques.
Ainsi, lorsqu'un chercheur athée découvre un traitement contre une maladie, la théologie réformée dira souvent qu'il bénéficie de la grâce générale de Dieu.
Cette grâce explique pourquoi le monde n'est pas aussi mauvais qu'il pourrait l'être : Dieu retient le péché et préserve encore sa création.
La grâce spéciale (ou grâce salvatrice)
La grâce spéciale est celle qui conduit au salut.
Elle est l'œuvre particulière de Dieu dans la vie des croyants.
Elle comprend :
- l'appel de l'Évangile ;
- la nouvelle naissance ;
- le don de la foi ;
- la justification ;
- l'adoption comme enfant de Dieu ;
- la sanctification ;
- la persévérance jusqu'à la gloire.
Autrement dit, la grâce spéciale ne se contente pas d'améliorer la vie : elle réconcilie le pécheur avec Dieu par Jésus-Christ.
Une image simple
Imagine un immense jardin.
- La pluie qui tombe sur tout le jardin représente la grâce générale : tous les arbres en bénéficient.
- Le jardinier qui vient greffer un arbre malade pour lui donner une vie nouvelle représente la grâce spéciale : elle transforme et sauve.
Quelques textes bibliques
Grâce générale :
- Matthieu 5.45 : « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons. »
- Actes 14.17 : Dieu donne « les pluies du ciel et les saisons fertiles ».
- Psaume 145.9 : « L'Éternel est bon envers tous. »
Grâce spéciale :
- Éphésiens 2.8-9 : « C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. »
- Jean 6.37
- Romains 8.29-30
- Tite 2.11-14
Une nuance importante
Certains théologiens réformés insistent fortement sur cette distinction. D'autres traditions protestantes (par exemple certaines traditions arminiennes ou wesleyennes) préfèrent parler de grâce prévenante : une grâce que Dieu accorde à tous pour rendre possible une réponse libre à l'Évangile. Cette grâce est différente de la grâce générale, car elle est déjà orientée vers le salut.
Je pense que cette distinction s'accorde bien avec ce que tu apprécies chez Alain Nisus. Il cherche souvent des équilibres théologiques : reconnaître que Dieu agit réellement dans toute sa création (grâce générale), sans pour autant confondre cette action avec l'œuvre unique du salut en Jésus-Christ (grâce spéciale). Cela permet d'éviter deux excès :
- réduire toute l'action de Dieu au seul salut individuel ;
- ou, à l'inverse, penser que toute bénédiction reçue par n'importe qui équivaut déjà au salut.
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