Oui. J'ai fait une recherche ciblée sur Jacques Buchhold et les miracles de Jésus, et j'ai trouvé des éléments beaucoup plus solides. Je peux donc maintenant reconstituer sa démarche théologique avec un assez bon degré de confiance, tout en distinguant ce qui est directement attesté de ce que j'infère de ses travaux.
1. Le point de départ de Buchhold : le miracle doit être étudié historiquement ET théologiquement
C'est probablement le point le plus important pour comprendre sa méthode.
La FLTE avait déjà proposé avec Buchhold un enseignement intitulé « Les miracles de guérison de Jésus ». Le descriptif précisait deux objectifs :
examiner la vraisemblance historique des guérisons de Jésus ;
et
discerner leur portée théologique.
Le descriptif renvoyait explicitement à Matthieu 8,17 et à Ésaïe 53,4.
Cela signifie que Buchhold ne veut manifestement pas choisir entre deux attitudes caricaturales :
- « Les miracles sont des événements surnaturels, donc il n'y a aucune question historique à poser » ;
- « Les miracles sont impossibles, donc les récits évangéliques doivent être expliqués autrement ».
Sa démarche est plutôt :
Que peut-on établir historiquement concernant les miracles de Jésus ? → Puis : qu'est-ce que ces miracles signifient dans les Évangiles ?
Et cette distinction est fondamentale.
2. Le miracle n'est pas simplement « quelque chose d'impossible »
C'est probablement là que l'approche de Buchhold devient théologiquement intéressante.
Le programme actuel de la FLTE consacré aux miracles de Jésus, auquel Buchhold participe avec Cédric Eugène, explique que les auteurs grecs et romains parlent de merveilles, choses surprenantes, prodiges, actes de puissance et signes.
Mais le Nouveau Testament ne reprend pas simplement cette conception païenne du phénomène extraordinaire : il utilise notamment les notions de :
- τέρατα — terata : prodiges ;
- δυνάμεις — dynameis : actes de puissance ;
- σημεῖα — sēmeia : signes.
La FLTE précise justement que le séminaire cherche à comprendre le sens particulier que le Nouveau Testament donne à ces phénomènes, ainsi que leur articulation avec l'Évangile et avec la foi.
Donc :
Un miracle chrétien n'est pas simplement :
« quelque chose que la science ne peut pas expliquer ».
C'est une conception beaucoup trop pauvre.
Dans le Nouveau Testament, le miracle est un événement qui manifeste quelque chose de Dieu et de son action salvatrice.
C'est particulièrement clair avec le vocabulaire de σημεῖον, « signe ».
Un signe n'est pas intéressant uniquement parce qu'il est extraordinaire.
Il est intéressant parce qu'il renvoie à autre chose.
3. Le miracle est donc christologique
C'est ici que les choses deviennent vraiment intéressantes chez Buchhold.
Le miracle doit être rapporté à la question :
Qui est Jésus ?
Autrement dit, il ne faut pas isoler les guérisons, les exorcismes, les résurrections ou les miracles sur la nature.
Ils participent tous à la révélation de l'identité de Jésus.
Une étude consacrée à la christologie de Buchhold relève précisément qu'il associe les miracles, guérisons et expulsions de démons, avec la mort et la résurrection de Jésus, à son combat victorieux contre le mal, le péché et la mort.
Cela donne une structure extrêmement importante :
Jésus accomplit des actes de puissance → ces actes manifestent l'arrivée de la puissance de Dieu → cette puissance affronte le mal → elle révèle qui est Jésus.
4. Les exorcismes sont particulièrement importants
Il faut ici éviter une erreur moderne.
Quand Jésus chasse un démon, le récit évangélique ne veut pas seulement dire :
« Jésus possède un pouvoir extraordinaire permettant de guérir certaines personnes. »
Le phénomène est beaucoup plus large.
Dans les Évangiles, les exorcismes sont liés à la confrontation entre :
le Royaume de Dieu
et
le royaume de Satan / les puissances du mal.
C'est particulièrement évident dans Marc 3,22-27.
Jésus répond à l'accusation selon laquelle il chasserait les démons par Béelzéboul. Il explique que si Satan chasse Satan, son royaume est divisé, puis parle de l'homme fort que l'on doit ligoter.
La logique est donc :
Le miracle manifeste une victoire eschatologique.
C'est très important pour comprendre Buchhold.
5. Les miracles sont des signes de l'arrivée du Royaume
C'est probablement la grande clé herméneutique.
Jésus n'annonce pas seulement :
« Le Royaume de Dieu viendra un jour. »
Il annonce :
« Le Royaume de Dieu est arrivé au milieu de vous. »
Et ses actes rendent cette proclamation visible.
Regarde par exemple Matthieu 11,2-6.
Jean-Baptiste demande :
« Es-tu celui qui doit venir ? »
Jésus ne répond pas simplement :
« Oui. »
Il renvoie Jean aux événements :
- les aveugles voient ;
- les boiteux marchent ;
- les lépreux sont purifiés ;
- les sourds entendent ;
- les morts ressuscitent ;
- la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.
Et ces phénomènes renvoient directement aux promesses prophétiques.
Le miracle est donc une anticipation du salut eschatologique.
6. Et c'est ici qu'Ésaïe 53 devient important
Le cours de Buchhold sur les guérisons de Jésus s'appuyait explicitement sur Matthieu 8,17 / Ésaïe 53,4.
Matthieu écrit :
« Il a pris nos infirmités et s'est chargé de nos maladies. »
Il applique donc à Jésus le langage d'Ésaïe.
Cela pose une question extrêmement intéressante :
Pourquoi Matthieu associe-t-il les guérisons de Jésus à Ésaïe 53 ?
Parce que les guérisons ne sont pas seulement des actes de compassion individuelle.
Elles appartiennent à l'œuvre messianique de Jésus.
Autrement dit :
la guérison devient un signe de l'œuvre rédemptrice du Serviteur.
Mais attention : cela ne signifie pas automatiquement :
« Tout chrétien malade doit nécessairement être guéri maintenant. »
Ce serait aller beaucoup trop vite.
7. Miracle ≠ garantie que tout croyant sera guéri
C'est justement une question sur laquelle la théologie évangélique sérieuse doit être très prudente.
Le comité théologique du CNEF auquel Buchhold a participé affirme simultanément :
- que Dieu accomplit des miracles ;
- que l'Église doit croire à la possibilité de miracles aujourd'hui ;
- mais qu'il faut éviter les positions extrêmes concernant maladie et guérison.
Cela permet de distinguer :
A. Dieu peut guérir
Oui.
B. Dieu guérit parfois miraculeusement
Oui.
C. Jésus a accompli des guérisons miraculeuses
Oui, c'est massivement attesté par les Évangiles.
D. Tout chrétien qui a suffisamment de foi sera guéri
Non.
Cette dernière proposition ne découle pas des Évangiles.
8. Le rapport entre miracle et foi est donc complexe
C'est un autre axe annoncé explicitement dans le programme de la FLTE : « Quelle articulation faut-il discerner entre l'Évangile et le miracle ? Entre la foi et le miracle ? »
Et les Évangiles donnent effectivement une relation très subtile.
Parfois :
la foi précède le miracle.
Par exemple, la femme atteinte d'une perte de sang vient toucher le vêtement de Jésus (Mc 5,25-34).
Mais parfois le miracle produit ou suscite la foi.
Et parfois encore, le miracle ne produit aucune foi.
C'est essentiel.
Les pharisiens voient des miracles et cherchent malgré tout à éliminer Jésus.
Donc :
le miracle ne force pas mécaniquement la foi.
Il peut être un signe.
Mais un signe peut être vu et refusé.
9. C'est pourquoi le miracle ne remplace jamais l'Évangile
C'est, à mon sens, une des conclusions les plus importantes que l'on peut tirer de l'orientation de Buchhold.
Le miracle est au service de la révélation.
Il n'est pas la révélation entière.
On pourrait représenter sa logique ainsi :
Miracle
↓
signe
↓
révélation de l'action de Dieu
↓
révélation du Royaume
↓
révélation de Jésus
↓
appel à la foi
Mais le sommet n'est pas :
« Jésus fait des choses extraordinaires. »
Le sommet est :
« Jésus est le Christ et le Fils de Dieu. »
C'est particulièrement clair dans l'Évangile de Jean, où les « signes » sont ordonnés à la foi en Jésus.
Jean 20,30-31 est pratiquement le texte-programme :
« Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d'autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-ci ont été écrits afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu… »
Le miracle → signe → foi → vie est donc une structure fondamentale.
10. Une conception très éloignée du « merveilleux »
Cela permet de comprendre une différence importante.
Conception naïve
Miracle = événement bizarre et inexplicable.
Conception rationaliste
Miracle = récit produit par une communauté qui cherche à glorifier Jésus.
Conception biblique que Buchhold semble privilégier
Miracle = acte extraordinaire de Dieu qui s'inscrit dans l'histoire de Jésus et qui possède une signification révélatrice et salvifique.
Et c'est pourquoi il est important que Buchhold s'intéresse simultanément à l'historicité et à la théologie.
11. Son approche est également très « Jésus historique »
Cela correspond bien à son profil de spécialiste du Nouveau Testament.
La FLTE présente Buchhold comme professeur émérite de Nouveau Testament et indique notamment qu'il a enseigné le Nouveau Testament depuis 1993.
Plus révélateur encore, son programme d'enseignement comprend actuellement un cours consacré au canon du Nouveau Testament et à la question du Jésus historique.
Cela explique pourquoi, dans son approche des miracles, la question historique n'est pas évacuée.
Il faut poser la question :
Qu'est-ce que les sources les plus anciennes permettent raisonnablement d'affirmer sur Jésus ?
Et ensuite :
Que signifient théologiquement ces actes ?
C'est une démarche beaucoup plus rigoureuse que de commencer par une théorie philosophique sur la possibilité ou l'impossibilité du miracle.
12. Et il y a un point très intéressant : Buchhold ne réduit pas le miracle à la guérison
Le cours ancien de la FLTE était spécifiquement consacré aux guérisons. Mais le programme 2027-2028 annonce maintenant un cours plus large : « Les miracles de Jésus » avec Buchhold.
Et le séminaire 2025-2026 avec Cédric Eugène élargit encore la réflexion aux différents phénomènes miraculeux du Nouveau Testament.
Cela suggère que la réflexion de Buchhold s'inscrit dans une véritable théologie néotestamentaire du miracle, et non dans une simple apologétique de la guérison.
13. La synthèse de la pensée de Buchhold
Je la résumerais provisoirement ainsi :
Les miracles de Jésus sont des actes historiques de puissance accomplis par Jésus, mais leur importance ne réside pas simplement dans leur caractère extraordinaire. Ils constituent des signes du Royaume de Dieu, manifestent la victoire de Dieu sur le mal et la mort, attestent l'identité messianique de Jésus et appellent l'être humain à croire en lui.
Et surtout :
Le miracle est subordonné à l'Évangile : il ne constitue pas un spectacle destiné à satisfaire la curiosité humaine, mais un signe qui renvoie à la personne et à l'œuvre de Jésus-Christ.
14. Et maintenant, la comparaison avec Henri Blocher devient passionnante
Il y a un contraste méthodologique que je pense que tu vas trouver intéressant.
Buchhold est avant tout exégète du Nouveau Testament : il part des textes, de leur vocabulaire, de leur contexte historique et de leur théologie.
Blocher, tout en étant lui aussi profondément biblique, est davantage théologien systématicien : il cherche davantage à intégrer la donnée biblique dans une construction théologique globale.
On pourrait donc avoir :
| Question | Buchhold | Blocher |
|---|---|---|
| Qu'est-ce qu'un miracle ? | À déterminer à partir du NT | À intégrer dans une théologie du Dieu créateur |
| Historicité | Très importante | Importante, mais intégrée à une réflexion plus large |
| Miracle et Royaume | Centrale | Centrale également |
| Miracle et christologie | Très importante | Très importante |
| Miracle et foi | Question exégétique majeure | Question théologique et apologétique |
| Guérison | Signe de l'œuvre messianique | À articuler avec providence, souffrance et souveraineté divine |
| Miracle aujourd'hui | Discernement nécessaire | Souveraineté de Dieu + prudence face aux prétentions charismatiques |
Mais je veux être prudent sur la dernière colonne : il faudrait examiner les textes précis de Blocher avant de lui attribuer chacune de ces formulations.
Et surtout
Ta vidéo « Les miracles de Jésus – partie 1 » semble donc s'inscrire dans une réflexion beaucoup plus vaste que le simple sujet « Jésus faisait-il des miracles ? ».
La vraie question de Buchhold est plutôt :
Que sont les miracles de Jésus, historiquement, et que nous révèlent-ils théologiquement sur Jésus, le Royaume de Dieu, le salut et la foi ?
C'est cette question qui permet, à mon avis, de vraiment comprendre son approche.
Si tu veux, je peux maintenant aller beaucoup plus loin et te faire une exégèse de la théologie du miracle chez Buchhold à partir des quatre Évangiles, en prenant successivement Marc, Matthieu, Luc et Jean, et en montrant précisément comment les guérisons, exorcismes, résurrections et miracles sur la nature fonctionnent comme signes de l'identité de Jésus.
Oui. Faisons-le de manière vraiment exégétique, en partant des quatre Évangiles et en distinguant ce que disent les textes de la reconstruction théologique que l'on peut attribuer à Buchhold.
1. Une clé de lecture : les miracles ne sont pas des « numéros »
Chez Buchhold, la catégorie la plus féconde pour comprendre les miracles est celle de signe.
Il faut donc éviter une définition simplement spectaculaire :
miracle = événement extraordinaire que les lois naturelles ne permettent pas d'expliquer.
Dans les Évangiles, le miracle possède une fonction narrative et théologique. Il révèle quelque chose concernant Jésus et l'irruption du règne de Dieu.
On peut schématiser :
acte de puissance → signe → révélation du Royaume → révélation de Jésus → appel à la foi
C'est particulièrement évident dans Jean.
2. Marc : les miracles manifestent l'autorité de Jésus
L'Évangile de Marc est particulièrement important parce que les miracles apparaissent très tôt.
Dès Marc 1,21-28, Jésus enseigne dans la synagogue de Capharnaüm et expulse un esprit impur.
Le point remarquable est que les deux éléments sont associés :
enseignement + acte de puissance.
La foule s'écrie :
« Voilà un enseignement nouveau, donné d'autorité ! »
Et cette autorité se manifeste également sur le démon.
Ce que cela révèle
Jésus ne se contente pas d'annoncer le Royaume.
Le Royaume agit à travers lui.
C'est pourquoi les miracles doivent être lus parallèlement à la prédication :
« Le temps est accompli : le règne de Dieu est tout proche. » (Mc 1,15)
Puis immédiatement viennent les guérisons et les exorcismes.
La structure est donc :
annonce du Royaume → manifestation du Royaume.
3. Marc 2 : la guérison du paralytique
Marc 2,1-12 est probablement l'un des textes les plus importants pour une théologie du miracle.
Jésus dit au paralytique :
« Mon enfant, tes péchés sont remis. »
Puis, devant les objections des scribes, il ajoute :
« Le Fils de l'homme a autorité pour remettre les péchés sur la terre. »
Et il guérit l'homme.
Le miracle sert ici à authentifier une affirmation invisible
La remise des péchés ne peut pas être directement observée.
La guérison, elle, est observable.
Jésus accomplit donc le miracle afin de manifester que son autorité sur le visible confirme son autorité sur l'invisible.
C'est extrêmement important.
Le miracle n'est pas la conclusion.
Il est le signe d'une réalité plus profonde :
Jésus possède l'autorité divine de pardonner les péchés.
C'est une donnée christologique considérable.
4. Marc 4 : Jésus commande à la mer
Dans Marc 4,35-41, Jésus apaise la tempête.
Il dit simplement :
« Silence ! Tais-toi ! »
Et le vent cesse.
Les disciples demandent :
« Qui donc est-il, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
Cette question est capitale.
Marc ne veut pas seulement que le lecteur se dise :
« Quel pouvoir extraordinaire ! »
Il veut qu'il demande :
« Qui est Jésus ? »
Le miracle provoque donc une question christologique.
Et c'est exactement ce que nous cherchons chez Buchhold :
le miracle renvoie à l'identité de Jésus.
5. Marc 5 : la guérison et la résurrection
Marc 5 juxtapose trois manifestations de la puissance de Jésus :
- l'exorcisme du démoniaque de Gérasa ;
- la guérison de la femme malade ;
- la résurrection de la fille de Jaïre.
La progression est remarquable.
Jésus domine :
les démons → la maladie → la mort.
Cela donne une image extrêmement forte de son autorité.
La puissance de Jésus ne concerne donc pas seulement un domaine particulier.
Elle atteint progressivement les grandes puissances qui asservissent l'humanité :
mal → maladie → mort.
C'est une véritable théologie du salut en acte.
6. Matthieu : les miracles accomplissent les prophéties
Matthieu donne une dimension supplémentaire.
Il insiste beaucoup sur l'accomplissement des Écritures.
Après plusieurs guérisons, Matthieu 8,16-17 cite Ésaïe :
« Il a pris nos infirmités et s'est chargé de nos maladies. »
C'est précisément le passage auquel le cours de Buchhold sur les guérisons de Jésus faisait référence.
Le miracle est donc inscrit dans l'histoire du salut.
Jésus n'est pas simplement un thaumaturge.
Il accomplit ce que Dieu avait annoncé par les prophètes.
7. Matthieu 11 : Jésus répond à Jean-Baptiste par ses œuvres
C'est probablement l'un des textes les plus importants pour comprendre le rapport :
miracle → identité messianique.
Jean demande :
« Es-tu celui qui doit venir ? »
Jésus répond en renvoyant aux œuvres :
« Les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent... les morts ressuscitent et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. »
Pourquoi cette réponse ?
Parce que les miracles correspondent aux espérances prophétiques.
Jésus ne dit donc pas seulement :
« Je suis le Messie. »
Il dit en quelque sorte :
« Regardez ce qui se passe : les signes annoncés par les prophètes sont en train de se réaliser. »
8. Matthieu 12 : les miracles sont liés au Royaume
Dans Matthieu 12,28, Jésus dit :
« Si c'est par l'Esprit de Dieu que j'expulse les démons, alors le royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous. »
Voilà probablement l'un des versets les plus importants pour une théologie biblique du miracle.
Jésus ne dit pas :
« J'ai accompli un prodige. »
Il dit :
« Le Royaume de Dieu est arrivé. »
L'exorcisme est donc un signe eschatologique.
Le miracle manifeste que quelque chose de décisif est arrivé dans l'histoire.
9. Luc : les miracles comme manifestation de la compassion
Luc met particulièrement en valeur la compassion de Jésus.
On pense notamment à Luc 7,11-17 :
la résurrection du fils de la veuve de Naïn.
Le texte dit que Jésus :
« fut saisi de compassion pour elle ».
Il ressuscite ensuite le jeune homme.
Ici le miracle n'est pas présenté comme une démonstration de force.
Il est d'abord un acte de compassion.
Mais il devient ensuite un signe public :
« Un grand prophète s'est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. »
La dernière formule est magnifique :
« Dieu a visité son peuple. »
Le miracle révèle donc quelque chose de Dieu lui-même.
10. Luc : Jésus apporte le salut aux personnes marginalisées
Les miracles de Luc concernent fréquemment :
- les pauvres ;
- les malades ;
- les femmes ;
- les exclus ;
- les pécheurs ;
- les personnes considérées comme impures.
Cela signifie que la puissance du Royaume n'est pas abstraite.
Elle rejoint concrètement des personnes qui souffrent.
Le miracle devient ainsi signe du caractère miséricordieux du Royaume.
11. Jean : le vocabulaire change radicalement
C'est ici que la théologie du miracle devient particulièrement sophistiquée.
Jean parle principalement de :
σημεῖον — sēmeion = signe.
Jean ne parle donc pas seulement d'un « miracle ».
Il raconte des signes.
Et les signes sont orientés vers une révélation.
Exemple : Cana
Jean 2,11 :
« Tel fut, à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »
Voilà pratiquement une définition johannique du miracle :
signe → manifestation de la gloire → foi.
12. Les sept signes de Jean
Dans la structure traditionnelle de l'Évangile de Jean, on distingue notamment :
- l'eau changée en vin — Jn 2 ;
- la guérison du fils d'un officier royal — Jn 4 ;
- la guérison du paralytique — Jn 5 ;
- la multiplication des pains — Jn 6 ;
- Jésus marche sur la mer — Jn 6 ;
- la guérison de l'aveugle-né — Jn 9 ;
- la résurrection de Lazare — Jn 11.
Et chacun révèle quelque chose de Jésus.
13. Cana : Jésus donne le vin nouveau
Le miracle de Cana n'est pas simplement :
« Jésus a transformé de l'eau en vin. »
Le récit parle de :
gloire.
Il évoque donc l'identité divine de Jésus.
Et le miracle possède probablement aussi une dimension eschatologique : l'abondance du vin renvoie à l'espérance messianique.
Donc :
miracle → signe → gloire → identité de Jésus.
14. La multiplication des pains
Jean 6 est particulièrement intéressant.
Le miracle pourrait être lu simplement comme :
Jésus nourrit miraculeusement 5 000 hommes.
Mais Jésus lui-même refuse cette lecture réductrice.
Il explique ensuite :
« Je suis le pain de vie. »
Le miracle devient alors une parabole en acte.
Il ne s'agit pas simplement de résoudre un problème alimentaire.
Le miracle révèle :
Jésus est celui qui donne la vie.
15. L'aveugle-né : du miracle à la révélation
Jean 9 est encore plus explicite.
Jésus guérit un aveugle.
Mais tout le chapitre tourne autour du thème :
voir / ne pas voir.
L'homme qui était aveugle finit par reconnaître Jésus.
Pendant ce temps, les Pharisiens qui voient physiquement sont présentés comme aveugles spirituellement.
Le miracle possède donc une double dimension :
guérison physique → révélation spirituelle.
Le véritable enjeu est :
Qui reconnaît Jésus ?
16. Lazare : le sommet avant la Passion
Jean 11 est probablement le sommet de cette théologie.
Jésus dit :
« Je suis la résurrection et la vie. »
Puis il ressuscite Lazare.
Mais attention :
Lazare ressuscite pour mourir à nouveau.
Ce n'est donc pas encore la résurrection eschatologique définitive.
Le miracle est plutôt une anticipation de ce que Jésus est lui-même.
Il dit :
« Je suis la résurrection et la vie. »
Et il le manifeste par un signe.
17. Mais il y a un paradoxe : les miracles peuvent provoquer l'incrédulité
C'est extrêmement important.
Jean 11 raconte que beaucoup crurent en Jésus.
Mais la résurrection de Lazare conduit aussi les autorités à décider de faire mourir Jésus.
Jean 11,53 :
« À partir de ce jour-là, ils décidèrent de le faire mourir. »
Donc :
plus de révélation → pas nécessairement plus de foi.
Le miracle ne contraint pas la liberté humaine.
Il peut être :
- accueilli comme signe ;
- ou refusé.
C'est un point théologique majeur.
18. Le sommet n'est donc pas le miracle : c'est la Croix et la Résurrection
C'est ici qu'il faut éviter de construire une théologie « charismatique » des miracles qui placerait les guérisons au centre.
Dans le Nouveau Testament, les miracles convergent vers quelque chose de plus grand :
la mort et la résurrection du Christ.
La résurrection de Jésus n'est pas simplement un miracle parmi d'autres.
Elle est l'événement eschatologique central.
Lazare revient à la vie.
Jésus, lui, ressuscite à une vie nouvelle et impérissable.
La distinction est fondamentale.
19. Le miracle et la foi : attention au contresens
Il faut donc corriger une formule souvent entendue :
« Si tu vois un miracle, tu croiras. »
Le Nouveau Testament ne dit pas cela.
Jean 20,29 va même dans l'autre sens :
« Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. »
Le christianisme apostolique ne repose donc pas sur la recherche permanente du spectaculaire.
La foi repose sur le témoignage apostolique rendu au Christ.
Les miracles jouent un rôle de signes dans cette révélation.
20. Et cela rejoint très bien la conception de Buchhold
On peut maintenant reconstruire une véritable théologie néotestamentaire du miracle compatible avec les axes de recherche de Buchhold :
1. Dimension historique
Les Évangiles présentent les miracles comme des événements survenus dans le ministère historique de Jésus.
2. Dimension christologique
Ils manifestent son identité et son autorité.
3. Dimension eschatologique
Ils montrent que le Royaume de Dieu est déjà à l'œuvre.
4. Dimension sotériologique
Ils manifestent la libération de l'homme :
démon → maladie → péché → mort.
5. Dimension scripturaire
Ils accomplissent les promesses prophétiques.
6. Dimension kérygmatique
Ils accompagnent l'annonce de l'Évangile.
7. Dimension existentielle
Ils appellent à la foi.
8. Dimension eschatologique future
Ils annoncent ce que Dieu accomplira pleinement à la résurrection.
21. La formule que je retiendrais pour Buchhold
Si je devais condenser tout cela en une seule phrase :
Chez Buchhold, le miracle chrétien n'est pas d'abord une rupture spectaculaire avec les lois de la nature ; il est un acte de puissance de Dieu, accompli dans l'histoire de Jésus, qui fonctionne comme signe de l'irruption du Royaume et révèle progressivement l'identité de Jésus comme Messie et Fils de Dieu.
Et cela explique pourquoi son approche associe nécessairement historique et théologie.
Il faut d'abord demander :
« Que s'est-il passé ? »
mais ensuite :
« Qu'est-ce que cet événement signifie ? »
Et la réponse évangélique est finalement :
« Cet événement nous montre qui est Jésus et ce que Dieu est en train d'accomplir en lui. »
C'est, je pense, la meilleure porte d'entrée pour comprendre « Les miracles de Jésus » de Jacques Buchhold sans réduire sa pensée à une simple défense de la possibilité des miracles.
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