Les Lollards (ou lolards) sont un mouvement religieux chrétien anglais apparu à la fin du XIVᵉ siècle, principalement associé à John Wyclif (v. 1328-1384).
Qui sont les Lollards ?
Le lollardisme est à la fois un courant théologique et un mouvement de réforme religieuse. Il se développe surtout en Angleterre à partir des années 1380 et se maintient clandestinement pendant une bonne partie du XVe siècle.
Le terme Lollard désignait à l'origine, de manière plutôt péjorative, les disciples ou sympathisants des idées de Wyclif.
Les principales idées
Les Lollards contestent plusieurs aspects fondamentaux de l'Église de leur époque :
- Autorité suprême de l'Écriture : la Bible doit être la norme fondamentale de la foi chrétienne.
- Traduction de la Bible en anglais : ils favorisent l'accès des laïcs à l'Écriture dans leur langue.
- Critique de la richesse du clergé : l'Église et ses ministres doivent, selon eux, revenir à une plus grande simplicité évangélique.
- Critique de la papauté et de certains pouvoirs ecclésiastiques.
- Critique du culte des saints, des images et de certaines pratiques populaires.
- Remise en question de la doctrine eucharistique : les positions lollardes deviennent progressivement très critiques à l'égard de la transsubstantiation.
Un point particulièrement intéressant : le sacerdoce
Les Lollards réduisent fortement la distinction entre le clergé et les autres chrétiens. Ils considèrent que la sainteté de la vie est essentielle à l'autorité du ministre chrétien.
Cela les conduit à une critique radicale de certains prêtres :
un mauvais prêtre, vivant contrairement à l'Évangile, ne possède pas simplement une autorité morale intacte du fait de son ordination.
Cette idée est particulièrement importante dans leur critique de l'Église médiévale.
Wyclif et les Lollards : attention à ne pas les confondre
John Wyclif n'est pas simplement « le chef des Lollards » au sens d'une Église organisée. Il est le théologien dont les idées ont fortement alimenté le mouvement.
Après sa mort en 1384, ses disciples et sympathisants développent certaines de ses idées et les radicalisent parfois.
Le mouvement devient notamment lié aux « Poor Priests » (« pauvres prêtres »), prédicateurs itinérants qui diffusent les idées réformatrices dans les campagnes anglaises.
La répression
L'Église et le pouvoir royal réagissent durement.
En 1401, le Parlement anglais adopte le De heretico comburendo, qui permet de condamner les hérétiques au bûcher.
Le mouvement est également associé à la révolte de 1415, dirigée par Sir John Oldcastle, un noble lollard. La rébellion échoue et Oldcastle est exécuté en 1417.
Après cela, le lollardisme devient essentiellement clandestin.
Les Lollards et la Réforme protestante
C'est là que les choses deviennent historiquement intéressantes.
Les Lollards sont antérieurs de plus d'un siècle à Luther et présentent certains traits que l'on retrouvera dans les Réformes du XVIᵉ siècle :
Écriture → prédication → critique du pouvoir ecclésiastique → critique de certaines doctrines et pratiques → accès des laïcs à la Bible.
Mais il serait anachronique de dire simplement :
Lollards = protestants avant Luther.
Le lollardisme reste un phénomène médiéval, issu notamment de la théologie de Wyclif, et ses positions ne correspondent pas exactement à celles de Luther, Calvin ou Zwingli.
Et par rapport à Jean Hus ?
La comparaison est particulièrement intéressante :
Wyclif → Lollards → Jean Hus → hussitisme → Réformes du XVIᵉ siècle
Jean Hus connaît effectivement les écrits de Wyclif et en reprend certains éléments, même s'il ne devient pas simplement un disciple de Wyclif.
Les Lollards constituent donc l'un des principaux mouvements pré-réformateurs anglais et un élément important pour comprendre la longue histoire qui mène de la critique médiévale de l'Église aux Réformes du XVIᵉ siècle.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire