Il faut distinguer les demandes de pardon formulées par des papes au nom de l’Église catholique, les regrets exprimés pour des fautes historiques et les actes de repentance concernant des événements précis.
Il n’existe pas, à ma connaissance, de liste officielle unique recensant absolument toutes les demandes de pardon de la papauté depuis ses origines. Certaines sont très explicites, d’autres prennent la forme de repentances, de reconnaissances de fautes ou de demandes de réconciliation.
Voici les principaux cas historiques, en distinguant les excuses réellement formulées des simples gestes de rapprochement.
1. Les principales demandes de pardon, dans l’ordre chronologique
Paul VI (1963-1978)
1963 : les divisions entre chrétiens. Paul VI exprime son regret devant les divisions de la chrétienté et appelle à la réconciliation.
4 janvier 1964 : les fautes des chrétiens. À Jérusalem, il accomplit un geste de repentance pour les péchés commis par les chrétiens.
7 décembre 1965 : la réconciliation avec les orthodoxes. Paul VI et le patriarche Athénagoras lèvent réciproquement les excommunications de 1054. C'est un geste de réconciliation, plutôt qu'une demande de pardon au sens strict.
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Jean-Paul II (1978-2005)
C'est de loin le pape qui a le plus systématiquement reconnu les fautes historiques de l'Église. Une étude du Vatican évoque 94 occasions où il avait reconnu des erreurs ou des péchés des chrétiens avant même la grande célébration de repentance de 2000.
1985 — La traite des esclaves africains
Jean-Paul II condamne la participation de chrétiens à l'esclavage et reconnaît les fautes commises envers les populations africaines.
1992 — L'affaire Galilée
Le pape reconnaît les erreurs commises lors du conflit entre les autorités ecclésiastiques et le savant Galilée, condamné par l'Inquisition romaine en 1633.
1993 — Les peuples autochtones d'Océanie
Il exprime son regret pour les abus commis par des missionnaires à l'encontre des populations autochtones.
1995 — Les femmes
Dans sa Lettre aux femmes, il reconnaît que leur dignité a été bafouée au cours de l'histoire et exprime son regret pour les responsabilités de membres de l'Église dans ces injustices.
1995 — Les persécutions religieuses et les guerres de religion
En République tchèque, il reconnaît notamment les fautes de chrétiens impliqués dans les persécutions, les condamnations au bûcher et les conflits religieux.
1998 — Les Juifs et la Shoah
Dans le document Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, le Vatican reconnaît les défaillances de certains chrétiens face à la persécution des Juifs, notamment les attitudes antijuives et les silences coupables. Le pape a également demandé pardon à Dieu pour les fautes commises dans les relations entre chrétiens et Juifs.
12 mars 2000 — La grande demande de pardon
Lors de la Journée du pardon, Jean-Paul II demande solennellement pardon à Dieu pour les fautes des chrétiens à travers les siècles. Cette célébration récapitule plusieurs catégories de fautes historiques, présentées ci-dessous.
2001 — Les fautes envers les peuples autochtones d'Australie et la Chine
Jean-Paul II exprime des regrets concernant les enfants autochtones séparés de leurs familles dans le cadre des politiques d'assimilation et les comportements de missionnaires catholiques durant la période coloniale en Chine.
Les sept grandes catégories de fautes reconnues en 2000
Le document préparatoire officiel du Vatican énumère expressément les domaines suivants :
Les fautes commises en général par les chrétiens.
L'intolérance religieuse, les violences contre les dissidents, les guerres de religion, les croisades et les méthodes coercitives de l'Inquisition.
Les fautes ayant compromis l'unité des chrétiens : excommunications, persécutions et divisions.
Les fautes envers le peuple juif : mépris, hostilité et silences.
Les violences commises au cours de l'évangélisation, contre la paix, les droits des peuples, les cultures et les autres religions.
Les fautes contre la dignité des femmes et l'unité du genre humain, notamment les discriminations raciales et ethniques.
Les atteintes aux droits fondamentaux et à la justice sociale : injustices économiques et sociales, marginalisation des pauvres et atteintes aux personnes vulnérables.
Source officielle : Le Vatican, présentation de la Journée du pardon du 12 mars 2000.
Benoît XVI (2005-2013)
- 2010 — Les abus sexuels commis par des membres du clergé en Irlande. Dans une lettre pastorale, Benoît XVI exprime sa honte et ses regrets, s'adresse aux victimes et reconnaît les graves défaillances de responsables ecclésiastiques. Il ne s'agit pas seulement d'une faute historique ancienne, mais d'abus révélés à l'époque contemporaine.
François (2013-2025)
2015 — Les peuples autochtones d'Amérique latine
En Bolivie, François demande pardon pour les péchés et les blessures infligés aux peuples autochtones par l'Église au cours de la conquête coloniale.
2018 — Les abus sexuels dans l'Église
François exprime sa honte et demande pardon pour les abus sexuels commis par des membres du clergé et pour la manière dont des responsables ont traité les victimes.
2022 — Les pensionnats autochtones du Canada
Au Canada, François demande pardon aux peuples autochtones pour la coopération de membres de l'Église avec le système des pensionnats, qui a provoqué de graves souffrances et contribué à la destruction de cultures et de liens familiaux.
2023 — La doctrine dite de la découverte
Le Vatican reconnaît que certains documents pontificaux anciens, notamment Dum Diversas (1452), Romanus Pontifex (1455) et Inter Caetera (1493), n'ont pas suffisamment respecté la dignité et les droits des peuples autochtones. Il reconnaît également que ces textes ont été utilisés pour justifier des actes immoraux et affirme qu'il est juste de reconnaître ces erreurs et de demander pardon.
2. Une précision théologique importante
Il faut distinguer trois choses :
Demander pardon à Dieu pour les péchés commis par des chrétiens.
Demander pardon aux victimes pour les souffrances infligées par des membres de l'Église.
Reconnaître une erreur historique ou lever une condamnation sans présenter nécessairement des excuses formelles.
La Journée du pardon de 2000 est particulièrement importante : Jean-Paul II y a reconnu les fautes historiques des chrétiens sans prétendre juger la culpabilité personnelle de tous ceux qui les avaient commises.
En résumé : Jean-Paul II a donné à ces démarches une ampleur sans précédent, mais Paul VI avait déjà engagé une dynamique de repentance et de réconciliation. François l'a poursuivie notamment envers les peuples autochtones et les victimes d'abus.
Cette liste présente les principaux actes documentés, pas les quelque 94 occasions recensées pour Jean-Paul II ni toutes les déclarations de chaque pape. Pour établir un inventaire véritablement exhaustif, il faudrait examiner les archives pontificales et distinguer systématiquement les excuses explicites, les regrets et les gestes de réconciliation.
Les demandes de pardon de la papauté au cours de l’histoire
Au cours de l’histoire, plusieurs papes ont reconnu des fautes commises par des chrétiens et par des membres de l’Église catholique. Certaines déclarations constituent des demandes explicites de pardon ; d’autres expriment des regrets ou reconnaissent des erreurs historiques.
Il faut distinguer ces démarches : demander pardon à Dieu, demander pardon aux victimes et reconnaître une erreur ne sont pas exactement la même chose.
1. Paul VI : la réconciliation avec les orthodoxes
Le 7 décembre 1965, Paul VI et le patriarche orthodoxe Athénagoras expriment leurs regrets concernant les événements de 1054 et lèvent les excommunications réciproques.
2. Jean-Paul II : les fautes historiques de l’Église
Jean-Paul II a particulièrement développé la reconnaissance des fautes historiques des chrétiens.
1992 : l’affaire Galilée
Le pape reconnaît les erreurs de jugement commises par certains théologiens dans le conflit entre Galilée et les autorités ecclésiastiques.
1995 : les injustices envers les femmes
Dans sa Lettre aux femmes, Jean-Paul II exprime ses regrets devant les responsabilités de membres de l’Église dans les injustices historiques envers les femmes.
1998 : la Shoah et les relations avec les Juifs
Jean-Paul II appelle à la repentance pour les fautes et les infidélités de chrétiens dans l’histoire des relations entre l’Église et le peuple juif.
12 mars 2000 : la grande Journée du pardon
Jean-Paul II demande solennellement pardon à Dieu pour les péchés commis par des chrétiens au cours de l’histoire. La célébration aborde notamment les divisions entre chrétiens, les violences religieuses, les persécutions, les fautes envers le peuple juif et les atteintes à la dignité humaine.
Document théologique de référence : Mémoire et réconciliation : l’Église et les fautes du passé, publié par la Commission théologique internationale en 2000.
3. Benoît XVI : les abus sexuels en Irlande
Le 19 mars 2010, Benoît XVI publie une lettre pastorale dans laquelle il exprime sa honte et ses regrets aux victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé. Il reconnaît également les graves défaillances de responsables ecclésiastiques.
4. François : les peuples autochtones
2015 : la conquête de l’Amérique
En Bolivie, François demande pardon pour les offenses et les crimes commis contre les peuples autochtones au cours de la conquête de l’Amérique.
2022 : les pensionnats autochtones du Canada
Lors de son voyage au Canada, François demande pardon pour les souffrances causées aux peuples autochtones, notamment dans le contexte des pensionnats auxquels des institutions catholiques ont participé.
2023 : la doctrine de la découverte
Le Vatican reconnaît que certains textes pontificaux historiques ont été utilisés pour justifier des actes contraires à la dignité et aux droits des peuples autochtones.
Conclusion
La reconnaissance des fautes historiques par la papauté s’est particulièrement développée sous Jean-Paul II, notamment avec la Journée du pardon du 12 mars 2000. Benoît XVI et François ont poursuivi cette démarche dans des domaines précis, notamment les abus sexuels et les souffrances des peuples autochtones.
Il convient toutefois de ne pas confondre les demandes explicites de pardon, les expressions de regret et les gestes de réconciliation. Une étude exhaustive nécessiterait de vérifier les textes pontificaux de chaque époque et de préciser, pour chaque déclaration, sa portée exacte.
Ces documents officiels constituent un point de départ pour une étude historique et théologique de la repentance dans l’Église catholique.
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