Cette formulation est proche de nombreuses théologies chrétiennes, mais elle demande quelques nuances.
On peut distinguer trois niveaux :
- Satan est la cause directe de certains maux.La Bible attribue explicitement à Satan certaines actions :
- la tentation d'Ève (Genèse 3, selon l'interprétation traditionnelle) ;
- l'épreuve de Job (Job 1–2), où Satan provoque directement des souffrances avec la permission de Dieu ;
- la tentation de Jésus (Matthieu 4) ;
- certaines oppressions ou possessions démoniaques dans les Évangiles ;
- le mensonge et le meurtre, puisque Jésus dit que le diable est « menteur et père du mensonge » (Jean 8,44).
- Satan est une cause indirecte de tous les maux moraux.Selon la théologie chrétienne classique, le péché est entré dans le monde par la désobéissance d'Adam et d'Ève. Or cette désobéissance a été suscitée par la tentation du serpent, identifié plus tard à Satan (Apocalypse 12,9). En ce sens, Satan est bien à l'origine indirecte de toute l'histoire du péché humain.
- Pour les maux physiques, la question est plus complexe.Les théologiens distinguent souvent :
- les maux directement causés par Satan (certaines maladies ou catastrophes dans Job, certaines infirmités attribuées à un esprit mauvais dans les Évangiles) ;
- les maux qui découlent de la condition déchue de la création (vieillissement, maladies, catastrophes naturelles, mort), conséquence générale de la chute.
Dans cette perspective, on peut dire que Satan est indirectement lié à tous les maux parce qu'il est le premier instigateur de la révolte contre Dieu. Mais il n'est pas la cause efficiente immédiate de chaque maladie, de chaque tremblement de terre ou de chaque accident.
Selon les grandes traditions chrétiennes
- Augustin : Satan est l'initiateur de la tentation, mais le péché vient de la volonté humaine. Dieu demeure souverain.
- Thomas d'Aquin : Satan ne peut agir qu'avec la permission de Dieu ; il n'est jamais un principe du mal égal à Dieu.
- Les réformateurs comme Jean Calvin et Martin Luther insistent sur le fait que Satan agit réellement, mais toujours sous la souveraineté divine.
- Des théologiens évangéliques contemporains comme Henri Blocher ou Alain Nisus tiennent généralement une position similaire : Satan est un agent personnel du mal, mais il n'est ni autonome ni l'égal de Dieu.
Ainsi, la formulation suivante est généralement plus précise :
Satan est la cause directe de certains maux et l'instigateur indirect de toute l'histoire du mal dans le monde, sans être la cause immédiate de chacun des maux particuliers. Dieu reste souverain sur tout ce qui advient, même lorsque Satan agit.
Cette formulation évite deux erreurs opposées :
- faire de Satan un second principe absolu du mal (vision dualiste) ;
- minimiser son rôle réel dans l'entrée et la diffusion du mal selon le témoignage biblique.
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