Oui, c'est une formule très caractéristique d'Henri Blocher, qui condense en une image une idée biblique profonde.
Lorsqu'il dit que « la maladie est la petite monnaie de la mort », il ne veut évidemment pas dire que toute maladie conduit immédiatement à la mort, ni que toute maladie est un châtiment personnel. Il utilise une métaphore.
L'idée est la suivante :
- La mort est, selon la Bible, « le salaire du péché » (Romains 6.23) et le dernier ennemi (1 Corinthiens 15.26).
- La maladie, le vieillissement, la souffrance et toutes les formes de dégradation du corps sont des manifestations partielles de cette réalité. Elles annoncent la mortalité de notre condition présente.
- Ainsi, la maladie est comme une fraction, un acompte, une anticipation de la mort : elle en est la « petite monnaie ».
L'image est parlante. Si la mort est le billet de 100 €, la maladie serait les pièces qui en proviennent : elles appartiennent au même ordre de réalité, mais n'en représentent qu'une partie.
Cette formule rejoint plusieurs textes bibliques :
- Genèse 3 : après la chute, la création est soumise à la souffrance, à la pénibilité et finalement à la mort.
- Romains 8.20-23 : toute la création soupire et attend sa délivrance ; nos propres corps sont encore soumis à la corruption.
- 2 Corinthiens 4.16 : « notre homme extérieur se détruit peu à peu ».
- 1 Corinthiens 15 : la résurrection mettra définitivement fin à cette corruption.
Une précision importante
Blocher prend soin, dans son enseignement, de distinguer deux affirmations :
- La maladie existe dans le monde parce que le péché est entré dans l'histoire humaine. Il y a un lien entre la Chute et l'existence de la maladie.
- Une maladie particulière n'est pas nécessairement la conséquence d'un péché particulier. Jésus refuse explicitement cette conclusion simpliste, par exemple à propos de l'aveugle-né (Jean 9.1-3).
Autrement dit, il existe un lien théologique général entre péché, mortalité et maladie, mais pas un lien moral individuel entre une faute précise et une maladie précise.
Une expression très blochérienne
Cette formule illustre bien la manière d'Henri Blocher : en quelques mots, il exprime une vérité théologique complexe avec une image mémorable. Elle rappelle que, dans la perspective biblique, la maladie n'est pas simplement un dysfonctionnement biologique ; elle est aussi un signe de la condition humaine déchue. Mais l'Évangile annonce que le Christ a vaincu la mort et que, lors de la résurrection, non seulement la mort, mais aussi toutes ses « petites monnaies » — maladie, souffrance, vieillissement et corruption — disparaîtront définitivement (Apocalypse 21.4).
Je trouve cette formule particulièrement heureuse, car elle tient ensemble deux vérités bibliques : elle prend au sérieux la gravité de la maladie sans en faire un jugement individuel, et elle oriente l'espérance chrétienne vers la victoire finale du Christ sur la mort elle-même.
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