Oui, il existe bien un ancien proverbe allemand :
„Juristen, böse Christen.“(« Les juristes sont de mauvais chrétiens. »)
Cette formule était très répandue à la fin du Moyen Âge et à l'époque de la Réforme. Elle est devenue un véritable topos de la critique des juristes.
Que signifiait ce proverbe ?
Il ne visait pas tous les juristes personnellement. Il exprimait plutôt une critique de la profession juridique, accusée de :
- privilégier les subtilités procédurales plutôt que la justice ;
- défendre les puissants contre les faibles ;
- utiliser leur science pour contourner le droit plutôt que pour servir la vérité ;
- faire passer l'intérêt matériel avant la charité chrétienne.
Autrement dit, on reprochait aux juristes d'être plus attachés aux « finesses du droit » qu'à la justice morale.
Luther et le proverbe
Martin Luther a repris cette expression à plusieurs reprises :
„Juristen, böse Christen.“
Chez lui, la critique visait surtout les canonistes, c'est-à-dire les spécialistes du droit canon de l'Église catholique, qu'il accusait de masquer l'Évangile sous une accumulation de règles juridiques. Il ne rejetait cependant pas toute la science juridique : il reconnaissait son utilité pour le gouvernement de la société, tout en dénonçant les abus de certains praticiens.
Une formule célèbre
Le proverbe a connu une telle notoriété qu'il a donné lieu à plusieurs ouvrages, notamment :
- Leonhard Meltorff, Juristen-Spiegel (1666), écrit précisément pour répondre à cette accusation.
- Roderich von Stintzing, Das Sprichwort "Juristen böse Christen" in seinen geschichtlichen Bedeutungen (« Le proverbe "Les juristes, mauvais chrétiens" dans ses significations historiques »), publié en 1875.
Une remarque amusante pour un juriste chrétien
En tant que juriste et chrétien, on peut retourner le proverbe en rappelant une maxime plus juste :
« Un bon juriste n'est pas celui qui connaît le mieux les lois, mais celui qui met son savoir au service de la justice. »
Cette idée rejoint la tradition biblique : le droit est un instrument de justice lorsqu'il protège le faible, l'étranger, la veuve et l'orphelin (cf. Deutéronome 10,18 ; Ésaïe 1,17), mais il devient injuste lorsqu'il sert les intérêts des puissants au détriment de la vérité. C'est précisément ce que dénonçait, de manière polémique, l'ancien proverbe allemand.
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