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samedi 4 juillet 2026

La prière du Notre Père et les vaines redites, par ChatGPT

comment concilier prière du notre père avec l'interdiction de multiplier les vaines redites

C'est une question classique d'exégèse. À première vue, il y a une tension entre deux passages du même chapitre de l'Évangile selon Matthieu :

  • Évangile selon Matthieu 6:7 : « En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. »
  • Puis, juste après, en Matthieu 6:9 : « Vous donc, priez ainsi : Notre Père... »

Comment Jésus peut-il interdire les répétitions puis donner une prière que les chrétiens récitent depuis deux mille ans ?

Le problème n'est pas la répétition en elle-même

Le texte grec n'interdit pas de répéter une prière. Le verbe employé (battalogeō) est rare et signifie probablement « rabâcher », « bredouiller », « accumuler des paroles inutiles ».

Jésus critique l'idée que la quantité des mots ou leur répétition oblige Dieu à répondre.

Autrement dit, il condamne une conception presque magique de la prière.

Le contexte est déterminant

Jésus ajoute :

« Ils s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. Ne leur ressemblez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez » (Mt 6:7-8).

Le problème n'est donc pas :

  • une prière longue,
  • une prière répétée,
  • une prière liturgique,

mais la croyance que l'abondance des paroles produit automatiquement l'exaucement.

Jésus lui-même répète des prières

Dans Évangile selon Matthieu 26:44, au jardin de Gethsémané :

« Il s'éloigna de nouveau et pria pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles. »

Jésus ne se contredit donc pas. Il répète une même prière avec sincérité.

De même, dans Livre des Psaumes 136, le refrain :

« Car sa miséricorde dure à toujours »

revient vingt-six fois.

Les répétitions peuvent donc être parfaitement légitimes lorsqu'elles expriment la foi.

Le Notre Père : modèle ou formule ?

Depuis les premiers siècles, deux compréhensions coexistent.

  1. Comme modèle de prière : chaque demande sert de guide (« que ton nom soit sanctifié », « que ta volonté soit faite », etc.).
  2. Comme prière à réciter : puisque Jésus dit « priez ainsi », beaucoup d'Églises comprennent qu'il est bon de réciter cette prière, à condition qu'elle soit dite avec foi et intelligence.

Ces deux usages ne s'excluent pas.

La distinction essentielle

On peut résumer ainsi :

  • Répétition sincère : bonne.
  • Répétition mécanique : mauvaise.

Le Notre Père récité chaque jour n'est pas une « vaine redite » si chaque parole est réellement adressée au Père.

En revanche, le réciter machinalement, sans attention, simplement parce que l'on pense accumuler des mérites, correspond davantage à ce que Jésus critique.

Comment des théologiens protestants comme Henri Blocher comprennent ce passage

Henri Blocher insiste généralement sur le fait que la prière chrétienne est une relation filiale avec Dieu. Parce que Dieu est Père et qu'il connaît déjà nos besoins, la prière n'a pas pour but de l'informer ni de le convaincre par la quantité de mots. Le Notre Père est avant tout un modèle qui ordonne nos priorités : la gloire de Dieu, son règne, sa volonté, puis nos besoins quotidiens, le pardon et la protection.

Ainsi, pour Blocher, il n'y a pas de contradiction : Jésus condamne le verbalisme religieux, non les prières répétées avec foi. Le Notre Père est un exemple de prière sobre, dense et centrée sur Dieu, qui peut être aussi bien méditée que récitée, pourvu qu'elle ne devienne pas une formule vide de sens.

dans un de ses cours, Louis Schweitzer encourage à prier le Notre Père

Oui, cela est tout à fait cohérent avec l'enseignement de Louis Schweitzer.

Louis Schweitzer encourage en effet la récitation du Notre Père, mais il ne la présente pas comme une formule magique ni comme une obligation mécanique. Sa compréhension s'inscrit dans une tradition protestante classique :

  • Le Notre Père est la prière que Jésus a lui-même enseignée à ses disciples.
  • Il constitue un modèle de prière, qui éduque le croyant à désirer ce que Dieu veut : la sanctification de son nom, la venue de son règne, l'accomplissement de sa volonté, puis les besoins quotidiens, le pardon et la protection.
  • Il est également une prière liturgique légitime, que l'Église peut réciter ensemble.

Schweitzer souligne généralement que le danger dénoncé par Jésus en Matthieu 6:7 n'est pas le fait de redire une même prière, mais l'attitude intérieure. Une prière peut être répétée et rester authentique si elle est portée par la foi et l'attention. À l'inverse, une prière entièrement improvisée peut devenir tout aussi vide si elle n'est qu'un flot de paroles.

Il est d'ailleurs significatif que Jésus ne dise pas simplement : « Priez sur ce modèle », mais : « Vous donc, priez ainsi » (Mt 6:9). Cette formulation a conduit de nombreux chrétiens, dès les premiers siècles, à considérer le Notre Père comme une prière à réciter aussi bien qu'un modèle à développer.

Cette position est largement partagée dans le protestantisme évangélique francophone. Henri Blocher, par exemple, ne voit pas de contradiction entre Matthieu 6:7 et la récitation du Notre Père : ce que Jésus condamne, ce sont les « vaines redites » (battalogeō), c'est-à-dire les paroles répétées machinalement ou avec l'idée qu'elles auraient une efficacité par elles-mêmes. Le Notre Père, récité avec intelligence et foi, n'entre pas dans cette catégorie.

On pourrait résumer la pensée de Schweitzer ainsi :

  • Oui à la récitation du Notre Père.
  • Non à une récitation automatique, dépourvue d'engagement du cœur.
  • Oui à son utilisation comme école permanente de la prière.

C'est une approche qui rejoint celle de nombreux réformateurs, notamment Jean Calvin, qui recommandait lui aussi de prier régulièrement le Notre Père tout en méditant chacune de ses demandes.

Je trouve d'ailleurs que cette question met en lumière une distinction importante dans la théologie de la prière : la différence entre la forme et l'intention. Jésus ne s'oppose pas aux formes de prière ; il s'oppose à l'idée que la forme, à elle seule, produirait un effet sur Dieu.

On pourrait résumer ainsi :

  • Le Notre Père : une prière parfaite, donnée par Jésus lui-même.
  • Les vaines redites : des paroles répétées parce qu'on pense que leur multiplication les rend efficaces.
  • La prière chrétienne : une relation filiale avec le Père, fondée sur la confiance plus que sur la quantité de mots.

Cette distinction permet aussi de comprendre pourquoi la Bible contient des prières répétées :

  • Jésus répète sa prière à Gethsémané.
  • Les Psaumes utilisent fréquemment des refrains.
  • Les anges répètent continuellement : « Saint, saint, saint » (Livre d'Ésaïe 6:3 ; Apocalypse 4:8).

La répétition devient problématique non lorsqu'elle est fréquente, mais lorsqu'elle est vide de foi, d'attention ou de confiance.

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