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mardi 18 août 2026

La thèse de doctorat du pasteur et théologien Alain NISUS : L'Église comme communion et comme institution. Une lecture de l'ecclésiologie du cardinal Congar à partir de la tradition des Églises de professants, préf. H. Legrand + RECENSION UNIVERSITAIRE PAR ChatGPT

PLAN :

https://toc.library.ethz.ch/objects/pdf/z01_978-2-204-09454-2_01.pdf

Brèves présentations/recensions :

https://www.editionsducerf.fr/librairie/leglise-comme-communion-et-comme-institution-cf-282/

https://www.nrt.be/fr/recensions/l-eglise-comme-communion-et-comme-institution-une-lecture-de-l-ecclesiologie-du-cardinal-congar-a-partir-de-la-tradition-des-eglises-de-professants-pref-h-legrand-10592

https://www.cultura.com/p-l-eglise-comme-communion-et-comme-institution-9782204094542.html

https://shs.cairn.info/revue-etudes-2012-10-page-XXXIX?lang=fr

https://www.clcfrance.com/produit/leglise-comme-communion-et-comme-institution-alain-nisus-cere040-9782204094542

https://maisonbible.fr/fr/1590-eglise-comme-communion-et-comme-institution-l-une-lecture-de-l-ecclesiologie-du-cardinal-congar-a-partir-de-la-tradition-des-egl-9782204094542.html

PAR ChatGPT : RECENSION :

Recension universitaire

Alain Nisus, L’Église comme communion et comme institution

Paris, Éditions du Cerf, 2012, 508/512 p., coll. « Cogitatio Fidei », n° 282.

Notice officielle des Éditions du Cerf

Appréciation générale

La thèse d’Alain Nisus est une thèse d’ecclésiologie systématique et œcuménique, dont l’originalité tient à une double position de lecture : Nisus relit Yves Congar à partir de la tradition des Églises de professants, mais soumet simultanément cette dernière à l’épreuve de la critique ecclésiologique de Congar.

Son problème n’est donc pas simplement :

« Catholicisme ou protestantisme ? »

Il est beaucoup plus précis :

Comment articuler théologiquement la communion ecclésiale et l’institution ecclésiale, en tenant ensemble l’œuvre du Christ, l’œuvre de l’Esprit, la confession de foi des croyants, les sacrements, les charismes, les ministères et les structures de l’Église ?

C'est cette question qui donne son unité à l'ensemble de l'ouvrage. L'éditeur présente d'ailleurs explicitement le projet comme un dialogue dans lequel Congar et l'ecclésiologie des Églises de professants « s'interpellent, se corrigent et se fécondent mutuellement ».


I. La problématique : dépasser une fausse alternative

Le point de départ de Nisus est une tension classique de l'ecclésiologie moderne :

Église comme communion

versus

Église comme institution.

Mais il faut immédiatement comprendre que Nisus ne cherche pas à choisir l'un des deux termes.

Son projet consiste précisément à montrer que la dualité n'est pas nécessairement un dualisme.

Cette distinction est capitale.

L'Église est réellement :

  • communion ;
  • société ;
  • institution ;
  • réalité sacramentelle ;
  • réalité spirituelle ;
  • réalité historique.

La difficulté consiste à savoir comment ces dimensions s'articulent.

Le sommaire de l'ouvrage montre très clairement cette progression : la première partie étudie chez Congar une ecclésiologie « sous le signe de la dualité » ; la deuxième montre comment, après Vatican II, Congar développe l'idée d'une Église qui est « une communion qui s'organise en société » ; la troisième confronte finalement cette pensée à la tradition des Églises de professants.


II. La méthode : une lecture génétique de Congar

L'une des grandes qualités méthodologiques de Nisus est de ne pas traiter Congar comme un auteur statique.

Il étudie l'évolution de sa pensée.

C'est pourquoi la thèse est divisée en trois grandes parties.

Première partie

Avant Vatican II : une ecclésiologie sous le signe de la dualité

Deuxième partie

Après Vatican II : l'Église est une communion qui s'organise en société

Troisième partie

La pensée de Congar aux prises avec la tradition des Églises de professants

Cette construction permet à Nisus de montrer que le Congar de 1930-1950 n'est pas simplement identique au Congar des dernières décennies.

C'est particulièrement important pour comprendre le développement de sa pneumatologie.


III. Première partie : le Congar d'avant Vatican II

1. Le contexte : sortir de l'ecclésiologie de la Contre-Réforme

Nisus commence par reconstruire le contexte intellectuel dans lequel Congar apparaît.

Le premier chapitre étudie :

  • l'ecclésiologie de la Contre-Réforme ;
  • Möhler ;
  • Newman ;
  • Scheeben ;
  • le renouveau ecclésiologique de l'entre-deux-guerres.

Ce n'est pas un simple rappel historique.

Nisus veut montrer que Congar participe à un mouvement beaucoup plus large de renouvellement de la conception catholique de l'Église.

Le déplacement est considérable :

Église conçue principalement comme société juridiquement organisée

Église comprise comme mystère, Corps du Christ, réalité sacramentelle et communion.

Le sommaire montre que Nisus analyse notamment les thèmes du Corps mystique, de l'Église comme sacrement et du rapport entre médiation ecclésiale et relation personnelle à Dieu.


IV. Le Corps mystique et la société

Le chapitre II constitue une étape essentielle.

Nisus étudie Congar entre 1931 et 1945.

Chez Congar, le Corps mystique du Christ devient une catégorie fondamentale pour penser l'Église.

Mais problème :

Si l'Église est Corps mystique, risque-t-on de faire disparaître sa dimension sociale et institutionnelle ?

Congar refuse cette conséquence.

C'est là que Nisus met en lumière une formule importante :

« Dualité sans dualisme ».

L'Église est à la fois :

Corps mystique

et

société.

Ce n'est pas deux Églises.

C'est une seule Église sous deux dimensions inséparables.

Nisus analyse ensuite la notion d'Église comme sacrement et le rôle de l'Esprit Saint comme « âme de l'Église ».


V. Le cœur de la première partie : « L'Église est communion et institution »

Le chapitre III, consacré à la période 1946-1964, est probablement l'un des plus importants pour comprendre le titre de la thèse.

Nisus reconstruit les sources de Congar sur la notion d'institution, notamment ses rapports avec la théologie scolastique et avec les catégories de la philosophie sociale et de la sociologie.

Il étudie ensuite séparément :

L'Église comme communion

puis :

L'Église comme institution.

Et « institution » signifie notamment :

  • les moyens de grâce institués par le Christ ;
  • les sacrements ;
  • l'institution hiérarchique.

Le sommaire confirme cette architecture très précise.


VI. Le problème protestant

C'est ici que la thèse devient particulièrement intéressante pour toi.

Nisus ne fait pas une comparaison superficielle « catholiques/protestants ».

Il demande à Congar :

Quel est exactement le problème théologique que la Réforme pose à la conception catholique de l'Église ?

Il identifie chez Congar une question fondamentale :

La relation de l'homme à Dieu est-elle immédiate, ou est-elle ecclésialement constituée ?

C'est une question capitale.

Le catholicisme insiste fortement sur la médiation ecclésiale :

Christ → Église → sacrements → croyant.

Certaines conceptions protestantes accentuent davantage :

Christ → Parole → foi du croyant.

Nisus montre que Congar considère cette différence comme beaucoup plus profonde qu'une simple divergence sur l'organisation de l'Église.

Elle touche à la compréhension même de la médiation du salut.

Le sommaire fait de cette question de la « médiation ecclésiale » un axe majeur du chapitre III.


VII. La critique congarienne des ecclésiologies protestantes

Nisus analyse ensuite quatre grandes tendances :

  • logique associationniste ;
  • logique contractualiste ;
  • congrégationalisme ;
  • logique prophétique.

À cela s'ajoute la critique de l'individualisme, qui sera particulièrement importante dans la troisième partie.

L'idée de Congar peut être reconstruite ainsi :

Si l'Église est constituée simplement par l'association volontaire de croyants qui décident de se réunir, alors elle risque de devenir une réalité produite par les hommes plutôt qu'une réalité reçue de Dieu.

C'est le problème de l'associationnisme.

Et si l'Église locale est entièrement souveraine, elle risque de perdre sa dimension universelle.

C'est le problème du congrégationalisme.


VIII. Le bilan critique de Nisus : Congar lui-même doit évoluer

C'est un point extrêmement important.

Nisus ne s'arrête pas à :

« Congar critique les protestants, donc Congar a raison. »

Le chapitre IV s'intitule :

« Un bilan de transition »

et comporte notamment :

  • une analyse de la « pensée en binôme » de Congar ;
  • les limites de sa théologie de l'institution ;
  • une critique de l'articulation des missions du Christ et de l'Esprit.

Autrement dit :

Nisus utilise Congar contre certaines insuffisances des Églises de professants, mais il utilise également la critique théologique pour montrer certaines insuffisances de Congar.

C'est ce qui donne à la thèse son véritable caractère universitaire.


IX. Deuxième partie : le tournant pneumatologique

La deuxième partie est probablement le centre théologique de la thèse.

Elle s'intitule :

« Après Vatican II : l'Église est une communion qui s'organise en société »

Le déplacement est majeur.

Le Concile Vatican II devient le contexte permettant à Congar d'approfondir considérablement son ecclésiologie.

Nisus étudie notamment :

  • l'Église comme communion ;
  • la sacramentalité ;
  • la collégialité épiscopale ;
  • les Églises locales ;
  • les charismes ;
  • l'action de l'Esprit.

Le sommaire montre notamment l'importance accordée à la pneumatologie de Vatican II et à la revalorisation des Églises locales.


X. La grande intuition : l'Esprit Saint « co-institue » l'Église

C'est ici que nous touchons au concept le plus original de la thèse.

Congar en vient à développer l'idée que l'Esprit Saint est « co-instituant » de l'Église.

Cela signifie que l'institution ecclésiale ne doit pas être pensée comme une structure fixée une fois pour toutes par le Christ, tandis que l'Esprit ne ferait ensuite que l'animer intérieurement.

L'Esprit participe à la constitution historique de l'Église.

Il agit dans :

  • les sacrements ;
  • les ministères ;
  • les charismes ;
  • les décisions doctrinales ;
  • les déterminations canoniques ;
  • la vie concrète des communautés.

Le sommaire consacre tout le chapitre VI à cette notion.


XI. Mais Nisus critique la notion de « co-institution »

Et c'est là que la thèse devient vraiment intéressante.

Nisus consacre le chapitre IX à l'évaluation de cet équilibre.

Il reconnaît les intérêts de la thèse de l'Esprit « co-instituant », mais en examine les limites :

  1. identification fonctionnelle du Christ glorifié et de l'Esprit ;
  2. rôle de l'Esprit dans les déterminations doctrinales et canoniques ;
  3. insuffisances de la notion même de « co-institution ».

Puis il propose une formulation plus équilibrée :

l'Esprit constitue l'Église.

Le sommaire est explicite sur ce point : le chapitre IX passe de la notion de « co-institution » à celle de « constitution » de l'Église.

C'est une nuance théologique considérable.


XII. Pourquoi « constitue » plutôt que « co-institue » ?

La distinction est subtile.

Dire :

Christ institue + Esprit co-institue

risque de maintenir une représentation trop juridique de l'origine de l'Église.

On aurait presque :

Christ = premier fondateur

Esprit = second agent institutionnel.

Nisus cherche une compréhension plus organique.

L'Esprit n'est pas simplement un second fondateur.

Il est celui qui actualise et constitue l'Église dans son existence historique.

Cela permet de comprendre :

  • pourquoi l'Église peut évoluer ;
  • pourquoi les ministères peuvent se diversifier ;
  • pourquoi les charismes ont une véritable fonction ecclésiale ;
  • pourquoi l'Église locale est réellement Église ;
  • pourquoi l'institution n'est pas nécessairement figée.

XIII. La notion de communion

Le chapitre VII développe ensuite une véritable ecclésiologie de communion.

Nisus repart de la koinônia.

La communion possède :

une origine trinitaire

Le Père, le Fils et l'Esprit sont communion.

une dimension pneumatologique

L'Esprit unit les croyants au Christ et les uns aux autres.

une dimension horizontale

La communion n'est pas seulement :

« moi et Dieu ».

Elle est :

Dieu → moi → les autres membres du Corps du Christ.

C'est pourquoi l'Église ne peut être conçue comme une simple juxtaposition d'individus convertis.


XIV. « Communion spirituelle à base sacramentelle et en forme de société »

Cette formule est capitale.

Nisus ne revient pas à une ecclésiologie purement « spirituelle ».

Il écrit, dans le plan de son ouvrage :

« L'Église est une communion spirituelle à base sacramentelle et en forme de société. »

Les trois éléments sont importants :

communion spirituelle

base sacramentelle

forme sociale.

L'Église n'est donc ni :

une administration religieuse,

ni :

une association spirituelle informelle.

Elle est une communion spirituelle qui prend nécessairement une forme visible et sociale.


XV. Les ministères : une correction du modèle clérical

La réflexion conduit naturellement à la question des ministères.

Nisus insiste sur :

  • la primauté de la communauté ;
  • les charismes ;
  • les structures ;
  • le sacerdoce commun ;
  • le « sacerdoce propre des ministres ».

Le sommaire montre que cette question occupe une place substantielle dans le chapitre VII.

Il ne s'agit donc pas de supprimer les ministères ordonnés.

Il s'agit de les replacer dans une ecclésiologie de communion.

Le ministère n'est pas une puissance autonome placée au-dessus de la communauté.

Il est un service rendu au corps ecclésial.


XVI. Troisième partie : Nisus retourne vers les Églises de professants

C'est ici que la thèse devient véritablement constructive.

Les deux premières parties ont permis à Nisus de comprendre Congar.

La troisième demande :

Que devient cette ecclésiologie lorsqu'on la fait passer par le filtre des Églises de professants ?

Le chapitre VIII s'intitule :

« Une pensée qui sait évoluer »

Nisus examine notamment les reformulations opérées par Congar concernant :

  • les missions divines ;
  • les ministères ;
  • Luther ;
  • les moyens extérieurs de grâce.


XVII. La critique de l'individualisme professant

C'est probablement ici que Nisus est le plus sévère à l'égard de sa propre tradition.

Une Église de professants possède une intuition théologique extrêmement forte :

on ne devient pas chrétien simplement parce qu'on est né dans une structure ecclésiale ; il faut personnellement croire et confesser le Christ.

Nisus ne veut évidemment pas abandonner cette intuition.

Mais il montre le risque de la dérive suivante :

individu → conversion personnelle → décision personnelle → association volontaire → Église.

C'est précisément la logique associationniste et contractualiste qu'il veut dépasser.

Le sommaire du chapitre X est très révélateur : Nisus traite explicitement de la « critique de l'individualisme et du contractualisme des Églises de professants », puis de la manière dont l'Église est constituée par un ensemble de processus confessants.


XVIII. C'est ici que Nisus propose quelque chose de très original

Il ne remplace pas :

Église de professants

par :

Église catholique.

Il cherche plutôt à reformuler l'ecclésiologie professante en termes pneumatologiques.

L'Esprit Saint constitue l'Église :

par la régénération des croyants

et

par leurs interactions ecclésiales confessantes.

C'est exactement la formulation retenue dans la présentation éditoriale de l'ouvrage.

Cela signifie que la profession de foi n'est pas abandonnée.

Elle est replacée dans une dynamique plus large :

l'Esprit → régénération → confession → communion → charismes → ministères → structures.


XIX. L'Église n'est donc ni « faite par Dieu seul » ni « faite par les croyants »

C'est l'une des conséquences les plus intéressantes de la pensée de Nisus.

Une ecclésiologie trop individualiste pourrait dire :

« Les croyants font l'Église. »

Une ecclésiologie trop institutionnaliste pourrait donner l'impression :

« L'Église existe objectivement avant les croyants, et ceux-ci n'ont qu'à entrer dans une structure déjà constituée. »

Nisus cherche une troisième voie :

Dieu constitue l'Église par son Esprit, mais il la constitue à travers la confession et la participation réelles des croyants.

C'est une ecclésiologie de synergie ecclésiale, si l'on veut employer cette expression avec prudence.


XX. La structure pneumatologique de l'Église

Le chapitre X aboutit à cette expression :

« Structure pneumatologique de l'Église ».

Et c'est extrêmement important.

La structure n'est plus pensée comme quelque chose qui s'oppose au charisme.

Nisus distingue notamment :

structures non hiérarchiques

et

structures charismatiques.

Le sommaire réserve plusieurs sections à ces deux catégories.

Cela signifie que l'Église peut être structurée sans que toute structure soit nécessairement :

hiérarchique + juridictionnelle + cléricale.

Il existe d'autres formes de structuration ecclésiale.


XXI. Ce que Nisus apporte à l'ecclésiologie catholique

La première contribution est une critique évangélique de l'institutionnalisme.

La tradition des Églises de professants rappelle à l'ecclésiologie catholique :

  • l'importance de la conversion personnelle ;
  • la nécessité de la foi confessée ;
  • le rôle actif de la communauté ;
  • la réalité des charismes ;
  • le risque du cléricalisme ;
  • le danger d'une conception trop administrative de l'Église.

C'est particulièrement cohérent avec l'évolution de Congar lui-même.


XXII. Ce que Congar apporte aux Églises de professants

Mais le mouvement inverse est tout aussi important.

Congar oblige les Églises de professants à prendre davantage au sérieux :

  • la dimension objective de l'Église ;
  • la tradition ;
  • les ministères ;
  • la continuité historique ;
  • les sacrements ;
  • la catholicité ;
  • la communion entre Églises ;
  • la dimension institutionnelle ;
  • la nécessité d'une structure qui dépasse l'assemblée locale.

C'est donc un échange critique, pas une capitulation d'un camp devant l'autre.


XXIII. La véritable thèse de Nisus

À mon sens, la proposition centrale de Nisus peut être formulée en cinq propositions.

1. L'Église est communion

Elle participe à la communion trinitaire et est communion des croyants dans le Christ.

2. Cette communion est sacramentelle

Elle n'est pas une relation spirituelle désincarnée.

3. Cette communion devient nécessairement sociale

Une communion chrétienne prend une forme visible.

4. Cette forme sociale est structurée par l'Esprit

L'institution n'est donc pas étrangère à l'action du Saint-Esprit.

5. Les croyants eux-mêmes participent réellement à cette constitution

Par leur confession de foi, leurs charismes, leurs relations et leurs ministères.

C'est pourquoi le titre de la thèse peut finalement être compris non comme une alternative :

communion OU institution

mais comme une articulation :

communion → institution → communion.

L'institution est la forme sociale de la communion, mais elle doit rester au service de celle-ci.


XXIV. L'originalité scientifique de la thèse

Je vois au moins quatre originalités.

1. La position de l'auteur

Nisus lit Congar de l'intérieur de la tradition évangélique/baptiste, tout en ayant effectué son doctorat dans un cadre académique catholique.

Cette double compétence est assez rare.

2. La méthode œcuménique

Il ne juxtapose pas deux ecclésiologies.

Il les fait se critiquer mutuellement.

3. Le rôle donné à la pneumatologie

L'Esprit Saint devient la clé permettant d'articuler :

communion + charismes + ministères + institution.

4. La critique interne du congrégationalisme

Nisus ne se contente pas de défendre le modèle professant contre le catholicisme.

Il en montre les risques théologiques internes : individualisme, associationnisme, contractualisme et anti-institutionnalisme.


XXV. Les limites de la thèse

Une recension universitaire doit aussi être critique.

Première limite : la centralité de Congar

La puissance de la thèse est aussi sa fragilité.

Comme Nisus choisit Congar comme interlocuteur principal, sa reconstruction de l'ecclésiologie catholique est largement médiatisée par un théologien catholique particulier.

Il ne s'agit donc pas d'une présentation exhaustive de l'ecclésiologie catholique.

Deuxième limite : « les Églises de professants » est une catégorie très large

Baptistes, mennonites, anabaptistes, certaines Églises évangéliques, etc., n'ont pas exactement la même ecclésiologie.

Il existe donc un risque de construire un type idéal de « tradition professante ».

Mais Nisus est conscient de cette difficulté et travaille précisément à dégager des logiques ecclésiologiques plutôt qu'à prétendre que toutes ces Églises pensent exactement de la même manière.

Troisième limite : le concept d'institution demeure difficile

Même après le recours à Dombois et à la pneumatologie, une question demeure :

À partir de quel moment une structure ecclésiale devient-elle une institution qui s'autonomise par rapport à la communion qu'elle devait servir ?

La thèse permet de mieux penser l'institution, mais ne supprime pas cette tension.

Quatrième limite : la question de l'autorité

C'est probablement le point sur lequel je prolongerais le plus volontiers Nisus.

Une fois admis que l'Esprit constitue l'Église à travers les charismes et les processus confessants, il faut encore déterminer :

Qui tranche lorsqu'il existe un désaccord sur ce que l'Esprit dit à l'Église ?

Et là réapparaissent les grandes questions :

  • Écriture ;
  • Tradition ;
  • conciles ;
  • évêques ;
  • assemblées ;
  • synodes ;
  • réception ;
  • consensus ;
  • autorité doctrinale.

La pneumatologie ne dispense donc pas d'une théorie de l'autorité.


XXVI. Mon jugement sur la thèse

Je la considérerais comme une thèse importante d'ecclésiologie évangélique francophone, précisément parce qu'elle refuse deux caricatures.

Elle refuse :

le catholicisme = institution morte

et :

le baptisme = communion libre sans institution.

Elle montre que les deux traditions possèdent chacune une intuition vraie et une tentation de déséquilibre.

Le catholicisme rappelle :

l'objectivité, la continuité, la sacramentalité et l'universalité de l'Église.

Les Églises de professants rappellent :

la foi personnelle, la confession, la participation des croyants et la dimension charismatique de l'Église.

Et Nisus cherche à faire jouer ces deux traditions l'une contre l'autre pour parvenir à une conception plus riche :

L'Église est une communion que l'Esprit Saint constitue, et cette communion prend nécessairement des formes sociales, ministérielles et institutionnelles ; mais ces formes doivent demeurer ordonnées à la communion et ne peuvent prétendre se substituer à elle.

C'est, à mon avis, la véritable colonne vertébrale de la thèse.


Un point particulièrement intéressant pour ton travail sur Nisus

Il y a surtout une chose que je corrigerais par rapport à ma première réponse : la thèse ne se termine pas simplement par une « synthèse catholicisme/baptisme ».

Son aboutissement est beaucoup plus précis :

Congar → pneumatologie → critique de la notion de co-institution → Esprit constituant l'Église → appropriation par la tradition des Églises de professants → processus confessants → structure pneumatologique → structures non hiérarchiques et charismatiques.

Le chapitre X, notamment, est donc décisif pour comprendre ce que Nisus propose personnellement. Le sommaire détaillé permet de le voir : après avoir discuté Congar, il traite successivement de la continuation de l'onction du Christ dans l'Esprit, du baptême dans l'Esprit, de la confession multiforme de la foi, de la critique de l'individualisme et du contractualisme, puis de la structure pneumatologique de l'Église.

Et c'est probablement là qu'il faudrait maintenant entrer très profondément, parce que cela permettrait de répondre à une question beaucoup plus intéressante : Nisus reste-t-il réellement baptiste dans son ecclésiologie finale, ou sa lecture de Congar le conduit-elle vers une ecclésiologie qui se rapproche substantiellement de l'ecclésiologie catholique — tout en demeurant une ecclésiologie de professants ?


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