L'hénothéisme est une conception religieuse selon laquelle un dieu est adoré comme le dieu suprême sans pour autant nier l'existence d'autres dieux.
Le terme a été forgé au XIXᵉ siècle par le philologue allemand Max Müller pour décrire certaines formes de religion védique en Inde.
On peut le distinguer de plusieurs notions voisines :
| Doctrine | Position sur les dieux |
|---|---|
| Monothéisme | Un seul Dieu existe ; les autres dieux n'existent pas. C'est la position du judaïsme, du christianisme et de l'islam. |
| Hénothéisme | Plusieurs dieux peuvent exister, mais un seul est adoré comme souverain. |
| Monolâtrie | Plusieurs dieux sont admis, mais le culte est réservé à un seul. La nuance avec l'hénothéisme est ténue ; la monolâtrie insiste davantage sur la pratique du culte que sur la hiérarchie entre les dieux. |
| Polythéisme | Plusieurs dieux existent et sont honorés. |
| Athéisme | Aucun dieu n'existe. |
L'Ancien Testament est-il hénothéiste ?
C'est une question débattue parmi les spécialistes.
- Sur le plan historique, beaucoup d'exégètes estiment qu'aux premiers temps d'Israël, la foi d'Israël s'est exprimée sous une forme proche de la monolâtrie : Israël adorait exclusivement Yahvé sans toujours nier explicitement l'existence des dieux des autres peuples.
Par exemple :
« Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. » (Exode 20.3)
Pris isolément, ce commandement peut laisser entendre que d'autres dieux sont envisagés, même si leur culte est interdit.
- Progressivement, notamment chez les prophètes puis durant l'Exil à Babylone, la révélation biblique affirme de plus en plus clairement que Yahvé est le seul Dieu véritable :
« Avant moi il n'a point été formé de Dieu, et après moi il n'y en aura point. » (Ésaïe 43.10)
« Je suis l'Éternel, il n'y en a point d'autre. » (Ésaïe 45.5)
On passe alors à un monothéisme explicite.
Le point de vue de la théologie chrétienne
La théologie chrétienne classique considère que la Bible enseigne le monothéisme dès l'origine, même si cette vérité est révélée de manière progressive dans l'histoire du salut. Les « autres dieux » mentionnés dans l'Écriture sont compris comme :
- des idoles sans réalité divine (Psaume 115) ;
- ou parfois des puissances spirituelles, des anges déchus ou des démons (cf. Deutéronome 32.17 ; 1 Corinthiens 10.20), mais jamais des dieux véritables.
Henri Blocher
Puisque tu t'intéresses souvent à Henri Blocher, il est utile de noter qu'il insiste sur la révélation progressive sans remettre en cause le monothéisme biblique. Selon lui, Israël a certes vécu dans un environnement polythéiste, mais la révélation divine conduit progressivement le peuple à reconnaître avec une clarté croissante ce qui est vrai depuis toujours : il n'existe qu'un seul Dieu, le Créateur de toutes choses. Les formulations anciennes de l'Ancien Testament reflètent parfois le contexte culturel de leurs destinataires, mais elles ne constituent pas une approbation de l'hénothéisme.
En résumé, l'hénothéisme désigne l'adoration privilégiée d'un dieu parmi plusieurs supposés exister. Historiquement, certains chercheurs utilisent ce concept pour décrire certaines étapes de la religion d'Israël, tandis que la théologie juive et chrétienne y voit plutôt une pédagogie de la révélation conduisant au monothéisme pleinement explicité.
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