La Bible parle des « cieux » (souvent au pluriel, en hébreu shamayim et en grec ouranoi), mais elle ne présente pas une doctrine systématique des « sept cieux » comme on la trouve dans certaines traditions juives tardives ou dans l'islam. En revanche, elle permet de distinguer plusieurs sens du mot « ciel ».
1. Le premier ciel : l'atmosphère terrestre
Il s'agit du ciel où volent les oiseaux et où se forment les nuages.
Exemples :
- Genèse 1.20 : « Que les oiseaux volent au-dessus de la terre, dans l'étendue du ciel. »
- Matthieu 6.26 : « Regardez les oiseaux du ciel. »
C'est notre atmosphère.
2. Le deuxième ciel : l'espace céleste
C'est le domaine des étoiles, du soleil et de la lune.
Exemples :
- Genèse 1.14-17 : Dieu place les luminaires dans l'étendue des cieux.
- Psaume 19.2 : « Les cieux racontent la gloire de Dieu. »
Aujourd'hui, on parlerait de l'espace ou de l'univers observable.
3. Le troisième ciel : la demeure de Dieu
Le passage le plus célèbre est celui de Paul de Tarse :
« Je connais un homme en Christ qui fut ravi jusqu'au troisième ciel. »
(2 Corinthiens 12.2)
Quelques versets plus loin, Paul identifie ce lieu au « paradis » :
« Il fut enlevé dans le paradis. »
(2 Corinthiens 12.4)
Le troisième ciel est donc compris par la majorité des théologiens comme la présence particulière de Dieu, où résident les anges fidèles et où les croyants sont accueillis après leur mort.
Le « ciel des cieux »
La Bible emploie également l'expression :
- Deutéronome 10.14 : « Voici, à l'Éternel appartiennent les cieux et les cieux des cieux. »
- 1 Rois 8.27 : « Les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir. »
Cette expression est une manière hébraïque d'exprimer la grandeur infinie de Dieu. Elle ne désigne pas nécessairement un quatrième ciel ; elle signifie plutôt le plus haut des cieux, au-delà de toute la création.
Les « sept cieux » ?
La Bible ne parle jamais de sept cieux.
Cette idée apparaît dans :
- certains écrits juifs intertestamentaires (comme le Deuxième Livre d'Hénoch) ;
- la littérature rabbinique ;
- le Coran, qui mentionne à plusieurs reprises les sept cieux.
Mais le texte biblique canonique ne développe pas cette conception.
Le ciel nouveau
La Bible annonce enfin une réalité future.
- Ésaïe 65.17 : « Je vais créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre. »
- Apocalypse 21.1 : « Je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre. »
Il ne s'agit pas d'un « quatrième ciel », mais du renouvellement de toute la création lors de l'accomplissement final du projet de Dieu.
Résumé
| Sens du « ciel » | Description | Exemples bibliques |
|---|---|---|
| Premier ciel | Atmosphère où volent les oiseaux | Genèse 1.20 |
| Deuxième ciel | Espace, soleil, lune, étoiles | Genèse 1.14-17 |
| Troisième ciel | Demeure de Dieu, paradis | 2 Corinthiens 12.2-4 |
| Cieux des cieux | Expression de la transcendance de Dieu | Deutéronome 10.14 |
Perspective évangélique classique
Dans la théologie évangélique traditionnelle, on retient généralement cette distinction en trois sens du mot « ciel », tout en soulignant que la Bible ne cherche pas à décrire une géographie détaillée de l'au-delà. Son intérêt principal est théologique : montrer que Dieu est à la fois transcendant, au-dessus de toute la création, et présent auprès de son peuple. Le « troisième ciel » n'est donc pas seulement un lieu, mais la sphère de la présence glorieuse de Dieu où les croyants espèrent être avec le Christ.
Le passage de 2 Corinthiens 12.2-4 est l'un des plus mystérieux du Nouveau Testament. Voici le texte (traduction proche de la Segond) :
« Je connais un homme en Christ qui, il y a quatorze ans, fut ravi jusqu'au troisième ciel... Si ce fut dans son corps ou sans son corps, je ne sais, Dieu le sait. Et je sais que cet homme fut enlevé dans le paradis et qu'il entendit des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à un homme d'exprimer. »
La quasi-totalité des exégètes s'accordent à penser que « cet homme » est Paul lui-même, qui parle à la troisième personne par modestie afin de ne pas se glorifier de cette expérience mystique.
Pourquoi parle-t-il du « troisième ciel » ?
Paul ne prend pas le temps d'expliquer cette expression, ce qui laisse penser que ses lecteurs la comprenaient déjà. Deux interprétations principales existent.
1. Une manière de distinguer les différents « cieux » (interprétation la plus courante)
Selon cette lecture :
- le premier ciel est l'atmosphère ;
- le deuxième est le ciel des astres ;
- le troisième est la demeure de Dieu.
Cette interprétation est ancienne et est devenue la plus répandue dans la tradition chrétienne.
2. Une allusion aux spéculations juives de son époque
À l'époque de Paul, certains écrits juifs parlaient de plusieurs cieux (trois, cinq, sept ou même dix selon les traditions). Paul pourrait simplement reprendre un vocabulaire connu de ses lecteurs, sans chercher à enseigner que ces spéculations sont exactes. Son intérêt n'est pas de décrire la structure de l'univers, mais de dire qu'il a été introduit dans la présence même de Dieu.
Le parallèle entre « troisième ciel » et « paradis »
Le point le plus important est que Paul met les deux expressions en parallèle :
- verset 2 : « ravi jusqu'au troisième ciel » ;
- verset 4 : « enlevé dans le paradis ».
La plupart des commentateurs en concluent qu'il s'agit du même lieu, décrit par deux expressions différentes.
Le mot grec παράδεισος (paradeisos) signifie à l'origine « jardin » ou « parc ». Dans le Nouveau Testament, il désigne le lieu où Dieu accueille les siens. Jésus emploie le même mot lorsqu'il dit au brigand repentant :
« Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis. » (Luc 23.43)
Pourquoi Paul garde-t-il le silence sur ce qu'il a vu ?
C'est un aspect remarquable du texte. Paul dit qu'il a entendu :
« des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à un homme d'exprimer. »
Contrairement à de nombreux récits d'expériences célestes de la littérature apocalyptique de son époque, Paul ne décrit rien : ni paysages, ni hiérarchie des anges, ni architecture du ciel. Son but est de montrer que la véritable autorité apostolique ne repose pas sur des visions extraordinaires, mais sur la grâce de Dieu manifestée jusque dans la faiblesse. C'est pourquoi il enchaîne immédiatement avec le récit de son « écharde dans la chair » et la parole du Seigneur :
« Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse. » (2 Corinthiens 12.9)
Ainsi, le sommet du passage n'est pas la vision du troisième ciel, mais l'enseignement spirituel qui en découle : le croyant doit placer sa confiance dans la grâce de Dieu plutôt que dans des expériences extraordinaires. C'est pourquoi, dans la théologie évangélique classique comme chez de nombreux exégètes d'autres traditions, ce texte est lu avant tout comme un témoignage de l'humilité de Paul et de la suffisance de la grâce divine.
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