Oui. La formulation de Matthieu Richelle est intéressante, parce qu’elle situe très bien Qohélet parmi les livres bibliques sapientiaux.
Quand il dit que l’Ecclésiaste est le livre biblique « qui se rapproche le plus d’un ouvrage de philosophie », il ne veut évidemment pas dire que Qohélet serait un traité de philosophie au sens grec ou moderne. Il souligne plutôt plusieurs traits très caractéristiques :
- Une interrogation radicale sur l’existence : qu’est-ce qui donne du sens à la vie humaine ?
- Une réflexion sur la condition humaine : travail, richesse, plaisir, sagesse, injustice, mort, vieillesse…
- Une démarche argumentative : Qohélet observe le monde, formule des constats, examine différentes réponses et en montre les limites.
- Une attitude critique envers les évidences : la sagesse procure-t-elle réellement un avantage ? Le travail apporte-t-il un gain durable ? La richesse rend-elle heureux ? La justice est-elle toujours récompensée ?
- Une réflexion sur les limites de la connaissance humaine : l'être humain ne maîtrise ni le sens ultime des événements ni le moment de sa mort.
- Et surtout, une question existentielle qui traverse tout le livre : que peut réellement faire l'homme de sa vie dans un monde marqué par la mort et l'injustice ?
C'est en ce sens que Qohélet est exceptionnel dans la Bible. Il ressemble parfois davantage à un philosophe qui interroge la condition humaine qu'à un auteur qui expose simplement des vérités religieuses.
Cela rejoint d'ailleurs très bien ce que nous évoquions à propos des parallèles entre Qohélet et l'Épopée de Gilgamesh : dans les deux cas, la mort conduit à une réflexion sur ce que l'être humain peut raisonnablement attendre de son existence. Mais Qohélet pousse cette réflexion beaucoup plus loin et l'inscrit dans le cadre de la foi en Dieu.
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