Oui, Alain Nisus soutient que le Christ réinterprète la Loi, mais il faut comprendre précisément ce qu'il entend par là.
Dans son approche, influencée par la théologie biblique et la lecture de l'ensemble de l'Écriture, Jésus ne supprime pas la Loi de Dieu ; il en révèle le sens ultime et son accomplissement.
Cela s'appuie notamment sur deux textes majeurs :
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Évangile selon Matthieu 5.17 :
« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. »
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Évangile selon Matthieu 22.37-40 :
Jésus résume toute la Loi par le double commandement de l'amour de Dieu et du prochain.
Que signifie « réinterpréter » ?
Chez Alain Nisus, cela ne signifie pas que Jésus corrige une Loi imparfaite. Cela signifie plutôt que :
- il montre l'intention profonde de Dieu derrière les commandements ;
- il s'oppose à certaines interprétations des autorités religieuses de son temps ;
- il recentre la Loi sur l'amour, la miséricorde et la justice ;
- il révèle que toute la Loi trouve son accomplissement en sa personne.
Par exemple, dans le Évangile selon Matthieu chapitre 5 (« Vous avez entendu qu'il a été dit... mais moi je vous dis... »), Jésus ne remplace pas le commandement « Tu ne tueras pas » par un autre. Il en approfondit la portée en montrant que la colère et la haine relèvent déjà de la logique du meurtre.
Une distinction importante
Alain Nisus distingue généralement :
- la Loi comme révélation de la volonté de Dieu, qui demeure bonne ;
- la Loi mosaïque comme alliance conclue avec Israël, dont certaines prescriptions (sacrifices, règles alimentaires, circoncision, etc.) trouvent leur accomplissement en Christ et ne s'imposent plus à l'Église de la même manière.
Cette distinction est classique dans une grande partie de la théologie protestante.
Comparaison avec Henri Blocher
Sur ce point, Henri Blocher est assez proche d'Alain Nisus. Blocher insiste lui aussi sur le fait que Jésus accomplit la Loi plutôt qu'il ne l'abolit. Il souligne toutefois plus fortement la distinction entre les différents usages de la Loi (moral, cérémoniel et civil, même s'il nuance cette classification) et insiste sur le fait que le croyant est désormais sous « la loi du Christ », c'est-à-dire sous l'autorité du Christ ressuscité, qui accomplit et éclaire définitivement la volonté de Dieu.
Si tu fais référence aux pages 527-528 de Pour une foi réfléchie : théologie pour tous, je peux également expliquer ce que les auteurs veulent dire exactement lorsqu'ils parlent de la réinterprétation de la Loi par le Christ dans ce contexte précis.
Oui. Dans les pages 527-528 de Pour une foi réfléchie : théologie pour tous, les auteurs développent une idée importante : la volonté de Dieu est désormais lue à la lumière de Jésus-Christ. C'est dans ce sens qu'ils parlent de la « réinterprétation » de la Loi.
Voici le raisonnement.
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La Loi est bien une révélation de la volonté de Dieu.
Les auteurs affirment que la Loi mosaïque exprime authentiquement la volonté divine. Elle est donc bonne et sainte.
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Mais cette volonté est progressive dans l'histoire du salut.
Dieu s'est révélé progressivement à Israël, jusqu'à la révélation définitive en Jésus-Christ. La venue du Christ constitue l'aboutissement de cette révélation.
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Le Christ est la clé d'interprétation de la Loi.
Les commandements de l'Ancien Testament ne sont plus lus isolément. Ils sont relus à la lumière de l'enseignement, de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ.
C'est pourquoi les auteurs parlent de réinterprétation christologique.
Par exemple :
- le sabbat est compris à la lumière du Seigneur du sabbat ;
- les sacrifices trouvent leur accomplissement dans le sacrifice unique du Christ ;
- les lois de pureté rituelle ne s'appliquent plus de la même manière ;
- les prescriptions alimentaires sont dépassées dans la nouvelle alliance.
En revanche, les exigences morales comme l'amour de Dieu, l'amour du prochain, la justice, la fidélité et la sainteté sont non seulement maintenues, mais souvent approfondies par Jésus.
Pourquoi employer le mot « réinterpréter » ?
Le terme peut surprendre, car il pourrait laisser penser que Jésus corrige la Loi. Ce n'est pas ce que veulent dire les auteurs.
Ils veulent dire que le Christ donne l'interprétation normative et définitive de la Loi. Autrement dit, ce n'est plus Moïse qui est la référence ultime pour le chrétien, mais Jésus-Christ.
Cette idée rejoint des textes comme :
- Évangile selon Matthieu 5.17-48 (le Sermon sur la montagne) ;
- Évangile selon Marc 7.14-23 (la question de la pureté) ;
- Épître aux Hébreux (où les sacrifices de l'Ancienne Alliance trouvent leur accomplissement dans le Christ).
Une nuance avec Henri Blocher
Henri Blocher emploierait probablement un vocabulaire légèrement différent. Il parle plus volontiers de l'accomplissement de la Loi que de sa « réinterprétation ». Pour Blocher, le mot « réinterprétation » peut prêter à confusion s'il laisse entendre que Jésus modifierait la volonté de Dieu. Il préfère dire que le Christ révèle pleinement le sens que Dieu avait déjà donné à la Loi, tout en montrant quelles dispositions étaient temporaires parce qu'elles appartenaient à l'économie de l'ancienne alliance.
Ainsi, sur le fond, Alain Nisus et Henri Blocher sont assez proches : tous deux reconnaissent que le Christ est l'interprète définitif de la Loi. La différence est surtout une question de vocabulaire et d'accent théologique. Blocher insiste davantage sur la continuité de la volonté divine, tandis que Nisus met davantage en avant la lecture de toute la Loi à travers la personne et l'œuvre du Christ.
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